10/10/2011

J-13 : Les thèmes oubliés de la campagne

Toute campagne politique est nécessairement marquée par l’actualité. Les médias et candidats se concentrent sur les questions qui font la une. Ces élections fédérales n’échappent bien évidemment pas à cette règle. La sortie du nucléaire et la thématique du franc fort ont tenu le haut du pavé. Souvent au détriment d’autres thèmes tout aussi cruciaux pour l’avenir du pays…

D’abord, le compte-rendu du week-end et le programme de la journée :

Le programme du jour : si l’horaire le permet, visite de l’exploitation agricole de la famille Chezeaux à Juriens dans le Nord Vaudois

Le récit du week-end : un chouette marché sous la pluie à Orbe samedi matin – et un passage express au marché de Morges samedi en fin de matinée

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Les thèmes oubliés de la campagne

Les Verts, nous martelons depuis des années qu’il faut anticiper les problèmes à venir et non uniquement réagir aux crises environnementales et sociales. L’énergie nucléaire en est le plus parfait exemple : si seulement les Etats avaient eu la sagesse d’abandonner le nucléaire avant les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, nous n’en serions pas là aujourd’hui…

C’est ce qui m’incite aujourd’hui à faire un petit détour par les thèmes « oubliés » de la campagne, ces questions dérangeantes que la classe politique ignore copieusement en temps électoral, soit parce qu’elles ne sont pas porteuses, soit parce que l’actualité les considère comme secondaires.

En Suisse, le mitage du territoire est plus qu’alarmant. Chaque jour, une surface correspondant à 10 terrains de football est classée en zone à bâtir. Le plus souvent non pas pour construire du logement à bas prix, mais pour des zones villas ou des gigantesques centres commerciaux. Ceci se fait au détriment des paysages, de la qualité de vie, des espaces de détente et des terres agricoles… Lors de la dernière session, le Conseil national a refusé toute mesure visant à endiguer ce gâchis monumental. Fort heureusement, le peuple aura le dernier mot grâce à l’initiative pour le paysage qui lui sera probablement soumise l’année prochaine. Voici un thème crucial pour l’avenir de notre pays, mais presque absent de la campagne électorale. Seuls les Verts tentent – malheureusement souvent en vain – de le mettre à l’agenda politique.

Après l’échec de Kyoto, la politique climatique internationale est dans l’impasse. Les sommets de Copenhague et de Cancun ont été des échecs cuisants. En Suisse, la majorité du Parlement refuse toujours toute mesure incisive visant à réduire les émissions de CO2…

Une fois l’orage de la crise des subprimes passé, la réforme du secteur financier ne fait plus beaucoup parler d’elle. On discute ça et là de l’importance de poser des conditions plus strictes pour les activités bancaires, mais cela ne semble plus intéresser grand monde dans le public. C’est pourtant un enjeu majeur pour l’avenir de notre économie. Il n’est plus possible de vivre dans une société où les spéculations à court terme sont la règle et les investissement à long terme l’exception…

La liste serait encore longue : réforme des assurances sociales, financement des infrastructures de transport, agriculture, place de la Suisse au sein de l’Union européenne, etc…

A quand une classe politique réellement capable de prendre une longueur d’avance ?

07/10/2011

J-16 : Priorité « utopiste » no 3 : Une politique migratoire résolument libérale

Au niveau mondial, la libre circulation des biens et des services est devenue la règle. C’est la loi de la jungle – la concurrence de tous contre tous – qui provoque un afflux massif de richesses vers les pays du Nord et les pays émergents, laissant sur la bas-côté notamment le continent africain. Et nous refusons simultanément aux êtres humains le droit de se déplacer et de s’installer ailleurs. Ne devrait-on pas changer totalement de perspective ?

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : séance du bureau des Verts VD cet après-midi à 17h – distribution de tournesols à la gare de Lausanne ensuite

Le récit de la veille : hier soir, séance de bilan au sujet de « Vivre et voter ici » : une ambiance à la fois nostalgique et amère pour clore une aventure passionnante mais qui s’est terminée par un échec politique

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Priorité « utopiste » no 3 : une politique migratoire résolument libérale

Nous vivons tout de même une époque particulière. Les décideurs de ce monde ont fait de notre planète un immense marché où règne la sacro-sainte règle de la concurrence. Peu importent les différences éclatantes en termes de conditions de travail entre les lieux, peu importent les conséquences environnementales du transport de marchandises : s’il est plus rentable de produire du textile au fin fond de la Chine pour l’écouler ensuite sur les marchés européens, alors on le fait sans trop se poser de questions ; si le riz d’un petit producteur malgache est plus cher sur le marché mondial que le riz produit par de grandes exploitations intensives en Thaïlande, on prie le producteur malgache de réduire encore davantage ses coûts de production, sans quoi il sera exclu dudit marché.

Les conséquences de cet ordre mondial « supermarché » sont connues : alors que les économies des pays du Nord se sont envolées, une bonne partie de la planète vit dans des conditions sociales et sanitaires difficiles, pour ne pas dire dramatiques. Les mouvements continus de marchandises – souvent par avion – croissent de manière presque exponentielle, avec un coût environnemental ahurissant. On a perdu le lien qui nous rattache au territoire, à la terre : manger du raisin venu de l’autre bout du monde en mars et s’habiller avec des habits produits par des petites mains sous-payées en Asie, c’est notre pain quotidien.

Certes, l’explication de cette évolution est complexe, pour ne pas dire controversée. Mais assurément, la globalisation des échanges économiques a joué un rôle déterminant. Les pays du Sud, notamment d’Afrique, sont cantonnés depuis l’ère coloniale à un rôle d’exportateurs de matières premières ; les investissements, le savoir-faire et les nouvelles technologies sont restées aux mains des pays du Nord. L’industrie lourde, puis les services, s’y sont développés comme nulle part ailleurs, amenant le boom économique que l’on connaît. Une cartographie des flux économiques des 150 dernières années révèlerait sans doute une image frappante : les richesses ont circulé en écrasante majorité de et vers les pays du Nord. Rappelons que bien souvent, un franc investi au Sud par un pays du Nord lui rapporte encore bien davantage…

Tout ceci pose bien entendu la question de l’aide au développement et de la solidarité mondiale. Mais cela soulève aussi des interrogations quant aux flux migratoires. Depuis des dizaines d’années, nous ouvrons les frontières aux biens et services, alors que simultanément, nous interdisons à celles et ceux qui souhaitent « tenter leur chance ailleurs » de se déplacer. Nous vivons en Suisse dans un monde d’opulence, notamment grâce aux échanges avec l’étranger, et décrétons de manière autoritaire que nous ne voulons pas de migration « économique ». Quel paradoxe, et surtout quelle injustice ! En tant que Suisse, je peux décider d’aller m’installer à peu près n’importe où dans le monde en claquant des doigts. Si j’ai le malheur de naître en Afrique noire, je peux presque directement oublier de me rendre dans un pays du Nord pour y travailler…

Pourtant, on compte sous nos latitudes un nombre considérable de travailleurs au noir. Des personnes de nationalité étrangère qui font fonctionner notre économie mais à qui l’on refuse tout statut légal. Par ailleurs, je suis convaincu que la sévérité de la politique migratoire joue un rôle mineur dans la régulation du nombre de migrants ; les migrants qui souhaitent venir s’installer en Suisse ne se demandent pas avant d’entamer leur voyage si les lois suisses sont sévères ou non. Aujourd’hui, la Suisse connaît l’un des régimes migratoires les plus stricts d’Europe. Cela n’empêche pas pour autant des milliers de personnes de venir s’installer chez nous chaque année, parfois en toute clandestinité. La régulation étatique des migrations, c’est la négation même de la dignité humaine.

Certes, il conviendrait de réfléchir de manière intelligente aux conditions cadres d’un tel régime « libéral » pour éviter de créer un fort ressentiment envers les étrangers : lutte contre le dumping salarial pour éviter que des migrants n’acceptent des salaires bien au-dessous des standards suisses ; réforme de nos assurances sociales pour éviter des situations de tourisme « social » où l’on vient uniquement pour profiter des prestations sociales suisses ; aménagement du territoire favorisant la mixité pour éviter la création de ghettos, etc.

Voilà une idée à creuser pour le siècle à venir : inverser les dogmes de la libre circulation, brider la libre circulation des marchandises mais libéraliser la libre circulation des personnes au niveau mondial. "Utopiste", me direz-vous? Oui "utopiste", précisément! Que risque-t-on ? Alors que nous connaissons l’un des systèmes migratoires les plus sévères d’Europe, notre pays est déjà tapissé d’affiches dénonçant une prétendue « immigration massive ». Nous ne pouvons pas tomber beaucoup plus bas…

06/10/2011

J-17 : Débat devant 300 gymnasiens

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

Hier après-midi, j’ai participé à un débat au Gymnase du Burier devant un auditoire très sympathique et remuant de quelque 300 gymnasiens. Un public assez inhabituel en comparaison avec les débats politiques classiques. Et l’occasion aussi de se reposer la question cruciale et très alarmante du fort taux d’abstentionnisme chez les jeunes...

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : cet après-midi, brève distribution de tournesols avec les Verts de Lausanne à la gare de Lausanne – 18h30 séance de bilan et de clôture de l’aventure Vivre et voter ici

Le récit de la veille : 6h30-8h séance extraordinaire du bureau des Verts vaudois – après-midi, débat au gymnase du Burier – le soir, débat à Gland avec mes collègues Vinciane Frund et Adèle Thorens sur le thème « Vivre ensemble sur La Côte »

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Débat devant 300 gymnasiens

C’est un public aussi particulier que sympathique : entre 200 et 300 gymnasiens venus écouter ce qu’ont à raconter quatre candidats au Conseil national, deux de droite, deux de gauche. Le thème était imposé, ou plus précisément choisi par les élèves du gymnase : la politique migratoire. Un autre débat avait eu lieu quelques jours auparavant au sujet de la politique familiale.

Premier constat : qu’il est difficile de s’adresser à un tel public ! Nous sommes habitués à réciter nos refrains de politicards en casant des mots savants tels que « politiques publiques », « programmes d’investissements », « majorité parlementaire », etc. Du charabia pour des jeunes qui n’ont pour la plupart pas encore la majorité et qui commencent à peine à s’intéresser aux débats politiques. Rien que pour cela, c’était un exercice fort appréciable : tenter de réfléchir différemment, d’aborder les problèmes sous un angle moins technocratique, avec des formules claires et rattachées à la réalité du quotidien.

Deuxième constat : les vecteurs de communication habituels des partis – affiches électorales, tracts, etc. – ont un impact presque insignifiant auprès des jeunes. La « sensibilité politique » se développe ainsi uniquement grâce à deux types de supports : le « 20 minutes » et « internet ». Les autres médias traditionnels – presse écrite, radio ou TV – n’obtiennent que des miettes de « parts de marché » auprès des jeunes.

Troisième constat : une très grande partie de ces jeunes ayant obtenu le droit de vote ne va pas voter. Ceci non seulement par manque d’intérêt (« De toute façon ça sert à rien ! »), mais également par manque d’informations au sujet du système électoral ou des objets de votation (« De toute façon c’est trop compliqué »). Je repense à ce gymnasien qui me demandait après le débat comment faire pour se renseigner au sujet des objets de votation. Il regrettait n’avoir aucun argument à opposer aux discours de ses copains n’ayant pas les mêmes opinions…

Pour nous les Verts, il y aurait beaucoup de leçons à tirer de ce genre d’expérience : cesser de miser uniquement sur nos modes habituels de communication (stands au marché, tracts électoraux, etc.), réorienter notre publicité électorale vers internet et les nouveaux médias, investir du temps et de l’énergie dans le travail de rencontre avec les jeunes, dans le cadre scolaire ou extra-scolaire, etc.

On devrait d’urgence lancer une vaste réflexion à ce sujet. Car c’est l’avenir de la démocratie qui est en jeu. Et nous devons mériter notre slogan de campagne « Les Verts, une longueur d’avance »…