29/08/2011

J-55 : Politique vs Coca-Cola

J-55 : Politique vs Coca-Cola

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

En Suisse, quoi qu’on en dise, la politique est un immense tabou. Avec ses voisins et ses connaissances, on ne parle pas politique. Demander à quelqu’un ce qu’il a voté lors du dernier scrutin relève du blasphème ; c’est presque aussi grave que de s’enquérir de son salaire. Le débat démocratique sur la place publique est mal perçu. Ainsi, distribuer des tracts est une activité considérée comme « sale » en comparaison à la distribution commerciale de produits publicitaires. J’en ai encore fait l’expérience la semaine dernière. A la gare de Lausanne, nous étions en concurrence avec Coca-Cola…

Mais d’abord, comme d’habitude, le programme du jour et le récit des heures précédentes. En réponse à une question d’un journaliste qui se reconnaîtra, je précise à ce propos que je m’octroie deux jours de pause le week-end avec mes billets sur ce « blog-notes » de campagne. Pour le reste, il y aura bien un billet par jour jusqu’au 23 octobre prochain...

Le programme du jour : matinée au bureau – séance de commission parlementaire l’après-midi – petite mobilisation et distribution de tract pour « Vivre et voter ici » dès 17h à Lausanne

Le vendredi et le week-end en bref : très sympathique fête de lancement de campagne des Verts VD à Lausanne vendredi soir – passage rapide au stand des Verts de Morges samedi matin – séance extraordinaire du bureau des Verts VD dimanche matin

  • Nombre de courriels concernant la politique sur les trois jours : 90
  • Nombre de téléphones concernant la politique sur les trois jours : 3
  • Nombre d’heures consacrées à la politique sur les trois jours : 10

La politique et le Coca-Cola

Les Suisses sont en général très réticents à parler politique en-dehors des espaces spécialement prévus à cet effet. Il suffit de voyager un peu pour mesurer l’ampleur de la différence qui nous sépare par exemple des Français. En France, il ne s’écoule pas cinq minutes à une table d’hôte sans que l’un des convives n’aborde l’actualité politique ou ne se lance dans une diatribe contre le gouvernement. La tabou suisse autour de la politique a une conséquence immédiate : le militantisme n’a pas la cote. L’espace dévolu au militantisme dans la rue est très précisément délimité, confiné à un strict minimum. Récemment, il a même fallu un arrêt du Tribunal fédéral pour rappeler que la récolte de signatures sur le domaine public est un droit fondamental qui ne peut être restreint qu’à des conditions très sévères.

La semaine passée, j’ai de nouveau été confronté à cette attitude de méfiance – de défiance devrais-je dire – face aux militants politiques. Nous étions mardi matin dès 6h30 à la gare de Lausanne pour y distribuer des tracts pour « Vivre et voter ici ». Nous avions décidé de nous placer dans le passage sous voies, là où convergent tous les passagers. Nous étions trois personnes et n’avions ni table, ni matériel envahissant, juste une pile de tracts à distribuer à la main. Il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant que le service de sécurité des CFF ne vienne nous interpeller et nous demander de quitter la zone de la gare. Oh, rien de très étonnant jusque-là : les CFF interdisent tout « démarchage » de nature politique dans les gares. Nous avons donc fait « contre mauvaise fortune bon cœur » et sommes allés poursuivre notre infâme travail de prosélytes dans la rue devant la gare.

Deux jours plus tard, je me suis retrouvé nez à nez avec une horde d’employés de Coca-Cola distribuant des canettes de « Coca Zéro » exactement à l’endroit où nous nous étions fait réprimander. Les représentants de Coca-Cola devaient au moins être sept ou huit ; ils avaient avec eux des chariots réfrigérants plutôt volumineux. Après leur passage, les poubelles débordaient littéralement de canettes vides. Ce n’était pas une petite action marketing discrète ; c’était une véritable inondation de Coca-Cola qu’ont subie les pendulaires ! Certes, Coca-Cola a très vraisemblablement fait une demande d’autorisation en bonne en due forme aux CFF. Mais à quoi bon en faire une de notre côté puisque nous connaissons déjà à l’avance leur réponse ?

En Suisse, il est plus facile pour une multinationale d’abreuver le bon peuple de produits publicitaires que pour un militant bénévole de distribuer des tracts visant à enrichir le débat démocratique. Il y a tout de même quelque chose qui cloche.