29/09/2011

J-24: Hier aux Chambres, le meilleur comme le pire

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

Les Chambres fédérales sont cette semaine en session à Berne, alors que la campagne électorale bat son plein. Hier, le Parlement a été capable du meilleur comme du pire...

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : ce soir, assemblée générale extraordinaire des Verts VD au sujet de l'élection complémentaire vaudoise au Conseil d'Etat

Le récit de la veille: Le matin de très bonne heure, séance du bureau pour préparer l'AG de ce soir

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Hier aux Chambres, le meilleur comme le pire

Le meilleur d'abord. Le Conseil des Etats, au terme d'un débat énergétique houleux qui dure depuis la catastrophe de Fukushima, a finalement accepté le principe de la sortie du nucléaire. A l'image de la décision du début de l'été du Conseil fédéral, ce vote constitue un pas historique de plus vers l'abandon de cette technologie obsolète et dangereuse. Pour les Verts, c'est une victoire immense qui couronne des dizaines d'années de combat acharné. Dommage qu'il ait fallu attendre une seconde catastrophe nucléaire de grande ampleur pour en arriver là...

Précisons cependant que cette décision s'accompagne de plusieurs fausses notes qui nous interdisent de jubiler trop vite. De nombreuses propositions visant à réduire la consommation d'électricité et à favoriser le développement des énergies renouvelables ont été simultanément refusées par le Conseil des Etats. Afin que l'abandon du nucléaire ne reste pas une sympathique déclaration d'intention, il devient urgent de procéder à des modifications légales pour concrétiser le virage énergétique que les Verts appellent de leurs voeux. A cela s'ajoute un autre bémol de taille: le Conseil des Etats a modifié le texte de la motion voté par le Conseil national. Ceci provoque un report de l'entrée en force de cette décision, la chambre basse devant se prononcer à nouveau sur la variante du Sénat. Comme la discussion du Conseil national aura lieu après les élections, on peut craindre quelques retournements de veste parmi les parlementaires favorables au nucléaire. En clair: le plus dur reste encore à faire, et les élections fédérales du 23 octobre seront décisives!

Venons-en au pire. Il y avait hier une session spéciale sur l'asile et l'immigration. Tétanisé par la force électorale de l'UDC, le camp bourgeois a voté presque les yeux fermés - sans même se boucher le nez - quasi systématiquement avec le parti des millionnaires zurichois: une immonde interdiction de la Burqa, qui me fait penser aux pires années de l'histoire européenne où l'on s'en prenait de manière ciblée aux signes distinctifs des juifs; une interdiction du regroupement familial pour les enfants de plus de 8 ans, comme si à partir de 8 ans et un jour on pouvait se passer de ses parents; un refus refus systématique de corriger les discrimations frappent les ressortissant vivant en dehors de l'UE, etc, etc.

Une bérézina pour les défenseurs des valeurs humanistes et des droits fondamentaux. Evidemment, avec les majorités politiques à Berne, il n'y a pas de miracle; on a beau être très convaincant et déployer une énergie folle pour défendre ses idées, lorsqu'un tiers du Parlement est composé de moutons UDC et un autre tiers de suiveurs tétanisés par le troupeau de moutons, il ne reste plus beaucoup d'animaux raisonnables dans la ménagerie. Il faut que cela change le 23 octobre!

20/09/2011

J-33 : 20 ans d'UDC en Suisse : les symptômes

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

On a pris connaissance, il y a quelques jours, des sommes astronomiques investies par l’UDC dans la campagne électorale. Certains pensent que le meilleur moyen d’affaiblir l’UDC est de cesser d’en parler. Ils ont raison dans la mesure où il n’est jamais bon de se situer politiquement en référence à un autre parti politique ; on doit avant tout défendre son propre projet. Mais il y a certaines dérives que l’on se doit de dénoncer. Le silence peut être tout autant coupable que la critique indifférenciée.

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : séance du bureau des Verts VD à 8h – séance du groupe parlementaire à 8h45 – session parlementaire toute la journée

Le récit du week-end prolongé : fort sympathique marché avec les Verts de Nyon samedi matin – week-end tranquille pour le reste

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20 ans d’UDC en Suisse : les symptômes

L’UDC est devenue incontournable dans le paysage politique suisse, ne serait-ce qu’en raison des moyens colossaux qu’elle investit – de façon totalement opaque – en période de campagne pour couvrir le pays d’affiches nauséabondes. Il y a presque 20 ans – en 1992 – l’UDC obtenait en votation populaire une victoire historique au sujet de l’Espace économique européen. Cette victoire marquait pour elle le début d’une croissance politique presque ininterrompue jusqu’aux élections fédérales de 2007. Petite revue des symptômes de cette maladie – cette « blochérisation » du paysage politique suisse – sous la forme de cinq constats. Les « remèdes » suivront dans un prochain billet.

1) Banalisation de la violence symbolique

Au cours de ces dernières années, l’UDC a utilisé une communication d’une formidable violence. S’en prenant directement aux minorités, l’UDC a élevé l’agression verbale et picturale en art politique. Tout le monde a encore en tête ces fameuses affiches aux moutons noirs, affiches reprises presque instantanément par de nombreux mouvements d’extrême droite en Europe. Plus encore que les dégâts humains provoqués par les affiches elles-mêmes – comment ne pas se sentir exclu en voyant une telle affiche lorsque l’on n’a pas la même couleur de peau que la majorité des habitants du pays ? – c’est la banalisation de ce type d’images que je trouve inquiétante. Au fil du temps, la population suisse semble ne plus s’émouvoir de voir le pays tapissé de ces visuels haineux et nauséabonds.

2) Phagocytage des autres partis de la droite

La droite dite humaniste ou républicaine semble avoir totalement perdu son âme en l’espace de quelques années. Paralysée à l’idée de perdre des électeurs au profit de la formation blochérienne, elle n’a jamais réellement eu le courage de s’affirmer en tant que force d’opposition à l’UDC au sein de la droite. Cette évolution est particulièrement flagrante en Suisse allemande. Les slogans de campagne des partis bourgeois pour ces élections fédérales indiquent une allégeance au mythe blochérien d’une Suisse isolée et « pure »…

3) Politique migratoire: les droits fondamentaux à la poubelle

L’UDC a réussi le tour de force de faire accroire que la politique d’asile en Suisse était laxiste, alors même qu’elle tenait les rênes de cette politique, en particulier pendant les années où Blocher était le Conseiller fédéral en charge de ces questions. En étant à la barre tout en jouant le rôle de l’opposition, l’UDC a provoqué en l’espace de quelques années un durcissement majeur de la politique migratoire, à un point tel que la législation suisse est, sur de nombreux points, en porte-à-faux avec les droits fondamentaux. Le drame dans cette affaire, c’est que l’UDC continue à en faire son fonds de commerce en prétendant urbi et orbi que l’immigration est à l’origine de tous les maux dont souffre la Suisse…

4) Stigmatisation alarmante des minorités

L’UDC a une très lourde responsabilité quant à l’évolution du discours concernant les minorités de ce pays. Grâce à sa tradition fédéraliste, la Suisse sait en principe intégrer, protéger et prendre soin de ses minorités. La lente dérive du discours ambiant provoquée par l’UDC laisse des traces profondes : les personnes en situation de handicap sont devenues des « profiteurs », les étrangers des « criminels », les musulmans un « danger public ». Cette évolution est grave et constitue une menace pour la cohésion sociale. L’UDC foule aux pieds, en toute bonne conscience, le préambule de notre constitution fédérale, qui rappelle que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ».

5) La démagogie comme projet politique

Jamais un parti politique n'a autant fait recours à des artifices démagogiques et fallacieux en campagne électorale. A grands renforts de millions, l'UDC martèle son message, en usant jusqu'à l'écoeurement de l'art du mensonge et de la tromperie. Elle prétend défendre les petites gens mais ce sont systématiquement les intérêts de la grande finance qui sont défendus à Berne. Lorsque les chefs stratèges sentent que le vent tourne au sujet d'un objet de votation, le discours du parti change radicalement. Les exemples foisonnent: retournement de veste au sujet des accords UBS, au sujet du franc fort, etc. Il semble n'y avoir aucune honnêteté intellectuelle, aucune décence au sein de l'état-major zurichois du parti...

Tout ceci, inutile de le préciser, n'a jamais amélioré le quotidien de la population suisse. C'est peut-être l'élément le plus grave dans toute cette discussion. L'UDC détourne l'attention des enjeux réellement importants pour l'avenir de la Suisse: qualité de vie, financement des assurances sociales, défis environnementaux, infrastructures, etc.

Dans un prochain billet, je m’intéresserai aux remèdes à cette « maladie »…