13/05/2013
Offre d'emploi: Conseiller fédéral élu par le peuple
Blog principal: http://raphael.mahaim.ch
Petit exercice de fiction, un brin provoc’ et sur un ton moins révérencieux que Le Temps du jour: voilà à quoi pourrait ressembler une offre d’emploi pour le poste de Conseiller fédéral/Conseillère fédérale en cas d’acceptation de l’initiative de l’UDC le 9 juin prochain. A celles et ceux qui ne manqueront pas de rappeler que les cantons élisent déjà aujourd’hui leur gouvernement par voie populaire, je rétorque d’emblée que la comparaison ne tient pas: pas le même espace médiatique, pas le même espace géographique, pas les mêmes enjeux, ni les mêmes mécaniques de pouvoir…
OFFRE D’EMPLOI: Conseiller fédéral/Conseillère fédérale à 100%
Votre profil
- Vous estimez que le Parlement, et ce quelle que soit sa légitimité populaire, constitue une entrave inutile voire nuisible à la bonne marche des affaires gouvernementales;
- Vous n’êtes pas partisan du travail d’équipe; vous êtes convaincu qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même;
- Vous n’aimez pas le travail effectué dans la discrétion; vous préférez largement les effets d’annonce et de manche;
- Vous n’êtes pas réticent à réserver régulièrement, pendant votre mandat, des scoops d’envergure à une certaine presse désireuse d’informer le bon peuple; dans ce cadre, vous admettez l’idée d’informer les médias avant d’informer vos collègues du gouvernement ou les parlementaires;
Vos atouts
- Vous avez une tendance naturelle à vous conformer aux idées reçues et à la prétendue volonté populaire ; en particulier, pour vous faire bien voir, vous n’hésitez pas à montrer du doigt, à intervalles réguliers, les requérants d’asile, les roms, les musulmans et autres boucs émissaires servant de défouloir à la "colère du peuple";
- Vous disposez d’un instinct aiguisé pour suivre la direction du vent et rechignez à élaborer des idées visionnaires et à contre-courant;
- Vous acceptez sans autres l’idée de servir avant tout les intérêts des lobbies qui disposent d’une grande force de frappe dans l’univers politico-médiatique et n’éprouvez aucune gêne à délaisser ceux qui n’ont pas voix au chapitre; le sort des habitants du pays dépourvus du droit de vote (étrangers, mineurs, interdits, etc.) – et ne pouvant par conséquent pas vous apporter votre voix – vous indiffère largement;
- Vous êtes maître dans l’art de glisser des peaux de banane à vos collègues du gouvernement, en particulier pendant les périodes de campagnes électorales;
- Vous disposez d’un petit pactole permettant d’assurer le financement de votre campagne électorale, ou, à défaut, pouvez vous appuyer sur un parti bénéficiant d’un trésor de guerre conséquent; la provenance de ces fonds vous est assez indifférente, dès lors que la noble fin de votre élection justifie tous les moyens.
Nous offrons
- Un environnement de travail marqué par une compétition (presque) permanente avec les collègues du gouvernement;
- La garantie que vous ne passerez strictement aucun temps en famille pendant les années électorales;
- La garantie que vos moindres faits et gestes, vos états d’âme, les maladies de vos proches et vos destinations de vacances seront systématiquement décryptées par une certaine presse uniquement mue par le noble désir d’informer le bon peuple;
Pour vos postulations: écrire sous chiffre à "Population suisse, Suisse, Code postal 0001" avec CV, coupures de presse faisant état de votre capacité à mobiliser les médias, photographies attestant de votre sex-appeal et tout autre document permettant de documenter vos atouts tels que décrits ci-dessus.
13:54 | Tags : démocratie, conseil fédéral, votation | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
17/04/2013
Votation du 9 juin: pour un contrôle a priori des initiatives populaires
Plaider pour le statu quo en matière de validation des initiatives populaires sur le plan cantonal n’est certainement pas le meilleur moyen de défendre la démocratie directe. Petite analyse du scrutin vaudois du 9 juin prochain, d’apparence très aride mais à l’importance considérable (article publié dans Pages de Gauche d’avril 2013 en réaction à un article du numéro de février 2013 critiquant la réforme vaudoise).
La réforme proposée dans le canton de Vaud et soumise au vote de la population vaudoise le 9 juin prochain constitue une amélioration significative d’un dispositif qui dysfonctionne aujourd’hui. Deux enjeux font débat: le moment du contrôle de validité et l’organe qui en a la charge. S’agissant de l’aspect temporel, le contrôle a posteriori connu aujourd’hui a pour grave conséquence de permettre l’invalidation d’initiatives populaires ayant abouti. Le Tribunal fédéral a tout récemment annulé l’initiative du parti socialiste vaudois “pour un rabais d’impôt”. Les milliers de signatures récoltées à l’appui de l’initiative ont été jetées à la poubelle par un tour du plume de la Haute Cour du pays!
Il faut donc aller dans le sens de la réforme proposée en terre vaudoise et introduire un contrôle préalable des initiatives populaires, lequel remplace le contrôle a posteriori. Certes, il peut avoir pour conséquence de retarder quelque peu le début de la récolte de signatures; mais le laps de temps écoulé entre le lancement d’une initiative et la votation est strictement identique; et surtout, il n’existe plus le risque d’une invalidation après l’aboutissement. Les militants qui récoltent des signatures et les citoyens qui paraphent une initiative en sortent gagnants.
S’agissant de la compétence pour (in)valider l’initiative, il est vrai que le gouvernement est en soi moins légitime et moins représentatif que le parlement. Mais il faut voir que les débats parlementaires à ce sujet offrent un spectacle affligeant. Cette procédure incite la majorité parlementaire à flinguer un texte sur le plan juridique pour escamoter le combat populaire. Chaque député défend sa propre visibilité médiatique et ses propres intérêts, sans faire grand cas du principe démocratique.
La majorité de droite a tenté, rien que ces dernières années, de faire invalider pas moins de quatre initiatives. La justice lui a donné tort dans trois cas sur quatre. Il n’est pas déraisonnable d’espérer que le Conseil d’Etat, quelle que soit sa majorité, sera (un peu) plus soucieux des institutions démocratiques; il faut des arguments très robustes pour que le Conseil d’Etat ose déclarer une initiative invalide face à la population qu’il représente, à l’inverse d’un député qui ne cherche qu’à séduire sa propre base électorale. On relèvera par exemple que le Conseil d’Etat, pourtant à l’époque à majorité de droite, avait recommandé au Parlement la validation de l’initiative vaudoise pour un salaire minimum. Le Grand Conseil ne l’avait pas suivi!
Voir aussi:
- Article dans 24heures du 30 avril 2010
- Article dans Le Temps du 13 avril 2010
16:01 | Tags : démocratie, droits politiques, grand conseil, votation, initiatives populaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/04/2013
La Corée du Nord et le "mur" de Dandong
L'actualité brûlante en mer de Chine me donne l'occasion de poursuivre - enfin - la rédaction des impressions recueillies lors de mon voyage de février dans ces contrées lointaines. Notre périple nous avait conduits jusqu'à la frontière nord-coréenne (photos au bas de l'article)…
A n'en pas douter, en termes d'intensité, cheminer le long de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord est une expérience assez singulière. Oh, ce serait bien sûr totalement déplacé de prétendre avoir vu quoi que ce soit de la Corée du Nord. Mais il n'en reste pas moins que les vues sur les terres du cinglé dictateur Kim Jong-Un sont tout à fait marquantes. C'est un retour d'un siècle en arrière, aux temps de l'agriculture collectiviste dans sa plus piteuse expression. Il faut dire aussi que, ce jour-là, la météo avait ajouté la touche impressionniste pour parfaire le tableau, avec brouillards et grisaille à perte de vue et températures sibériennes.
C'est au nord de la "petite" ville chinoise portuaire de Dandong (800'000 habitants) que nous avons littéralement marché le long de la frontière, plus précisément là où commence la Grande Muraille de Chine (rénovée). Le site constitue une attraction touristique - pour les Chinois surtout, peu d'étrangers y mettent les pieds - en été, mais se retrouve totalement déserté en hiver.
Le poste-frontière est assez ordinaire, du moins en apparence. A y regarder de plus près, on réalise toutefois que c'est davantage un mur qu'une frontière. Les rangées de barbelés affutés rappellent les frontières les plus redoutablement imperméables du globe : le mur de Palestine, la frontière américano-mexicaine, et, moins actuel, le Mur de Berlin. Cette frontière n'est pas faite pour être franchie; elle est même conçue pour être infranchissable: elle divise brutalement et irrémédiablement deux mondes que tout ne devrait pourtant pas forcément opposer.
Tous les 500 mètres, un garde-frontière nord-coréen fait les cent pas, affublé d'une jolie mitraillette. Il paraît qu'ils ont l'ordre de tirer à vue sur leurs concitoyens qui tentent de traverser vers "l'eldorado" chinois. Les joyeux pictogrammes des panneaux - traduits en anglais - masquent assez mal la caractère sinistre de l'endroit. Même avec des couleurs et des personnages (presque) souriants, il est difficile de représenter graphiquement une fracture de manière harmonieuse.
Toute la région de Dandong est connue pour être une plaque tournante très active de la contrebande vers la Corée du Nord. C'est aussi le lieu où de nombreux Nord-Coréens tentent de passer la frontière. Ceux qui y parviennent se retrouvent dans la plus extrême clandestinité à Dandong, sans identité officielle et sans maîtrise de la langue. A l'enfer nord-coréen succède un enfer (moindre?) en Chine, l'attitude des autorités étant bien peu complaisante à leur égard.
Il est assez invraisemblable qu'un tel régime puisse encore perdurer de nos jours. Plus que les agitations médiatiques autour des tirs de missiles, ce qui m'inquiète avant tout, c'est l'absence totale de perspective intérieure pour la population nord-coréenne opprimée. Le pays est tellement militarisé, tellement contrôlé par la caste dirigeante, tellement sclérosé, qu'un soubresaut démocratique ou révolutionnaire semble impossible en l'état. Le printemps "nord-coréen" n'est pas pour demain.
La Grand Muraille de Hushan, extrémité orientale de la Grand Muraille à la frontière nord-coréenne
Rivière gelée dans la région de Dandong
Vues sur la Corée du Nord (la rivière représente la frontière)
Village nord-coréen d'agriculteurs
Le puits du village et deux enfants qui jouent sur la rivière gelée
Panneaux au poste-frontière
11:34 Publié dans Développement durable, Monde, Voyages | Tags : voyages, chine, corée du nord, démocratie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











