29/04/2014

Lavaux: réponses aux arguties juridiques des opposants

Les opposants à l’initiative “Sauver Lavaux III” redoublent d’imagination pour l’affubler des toutes les tares: “mise sous cloche”, “Ballenberg”, “réserve d’indiens”, “mise à mort de la viticulture”, etc. Cette position politique caricaturale ne résiste évidemment pas à l’examen. Cela dit, il convient de répondre également au plan juridique aux arguties des opposants qui disent fonder leur position sur le texte même de l’initiative (Attention: allergiques aux raisonnements juridiques, s’abstenir… et passer directement à la conclusion).

En préambule, rappelons que les opposants à l’initiative (notamment la présidence actuelle du comité d’opposition) étaient à l’époque en faveur de son invalidation pure et simple. Le rapporteur PLR au Grand Conseil disait que le texte était tellement truffé “d’hérésies juridiques” qu’il convenait de l’invalider “sans hésiter”. Tous étaient incroyablement sûrs d’eux – “cela ne fait aucun doute!” disaient-ils – au mépris des droits démocratiques les plus élémentaires. Il a fallu remonter jusqu’au Tribunal fédéral pour faire valider l’initiative. La Haute Cour du pays a balayé du revers de la main tous les reproches des opposants en relevant que le texte était parfaitement conforme au droit supérieur et qu’il devait être soumis au peuple. Ceci pour montrer à quel point les interprétations juridiques des opposants doivent être prises avec des pincettes…

Les reproches des opposants à l’initiative quant aux possibilités de développement en Lavaux portent spécifiquement sur deux questions : les équipements d’utilité publique (art. 17 de l’initiative) et les constructions autorisées dans les zones de “village” et de “centre ancien de bourgs” (art. 18 lit. g et art. 19 lit. g de l’initiative). En clair: pourra-t-on réaliser l’extension de l’hôpital de Lavaux et/ou de nouveaux équipements publics, d’une part? Pourra-t-on construire des nouveaux bâtiments dans le coeur des villages de Lavaux, d’autre part?

Petite analyse des deux points cités, les dispositions du texte d’initiative étant intégralement reproduites ci-dessous:

1)   L’initiative prévoit explicitement un territoire pour les équipements d’utilité publique (art. 17). L’initiative conserve donc le régime de la loi actuelle sur ce point, à un alinéa près, et c’est précisément ce qui ouvre le débat. Le nouvel alinéa 2 dispose: “Dans tous les cas, les dispositions fédérales et cantonales relatives aux constructions hors des zones à bâtir doivent être respectées”. Les opposants prétendent que cet alinéa rend “caduc” tout l’art. 17 en faisant de la zone d’intérêt public une zone totalement inconstructible. Cette interprétation est insoutenable, dès lors que les initiants voulaient justement préserver le territoire d’utilité publique. Ils auraient sinon supprimé l’article dans son intégralité.

La volonté des initiants doit donc se comprendre ainsi : le territoire d’utilité publique est uniquement destiné à accueillir des constructions conformes à la zone au sens de l’art. 22 de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT), soit des constructions…d’intérêt public. Pour le surplus, ce territoire demeure inconstructible. Une telle réglementation n’est pas du tout inconnue en droit de l’aménagement du territoire: c’est par exemple ce qui prévaut pour les zones lacustres – supposées inconstructibles mais qui peuvent accueillir des installations conformes à la zone comme des jetées, pontons, ports, etc. – ou pour les zones de domaine skiable dans les stations – réputées inconstructibles sauf pour les remontées mécaniques et autres installations analogues. Ainsi, contrairement à ce que prétendent les initiants, ce fameux alinéa 2 précise simplement que le territoire d’utilité publique est en principe inconstructible, sauf, justement, pour les constructions d’utilité publique. L’extension de l’hôpital de Lavaux – colloquée en zone d’utilité publique – n’est pas menacée. De même, des projets d’utilité publique (typiquement l’extension d’une école) demeureront admissibles grâce à l’art. 17 de l’initiative, moyennant le respect des autres critères légaux.

2)   Les opposants prétendent que l’initiative interdirait toute construction dans les “zones de village” et de “centre ancien de bourg”. Ils lisent la lettre g des art. 18 et 19 en ce sens que les constructions de peu d’importance seraient uniquement autorisées dans le contexte des reconstructions. Cette lecture du texte de l’initiative est absurde! Cela signifierait que pour admettre une petite construction de peu d’importance, il faudrait préalablement détruire le bâtiment d’origine. Le lecteur lambda de ce texte ne le comprendra certainement pas de cette manière. Ceux qui souhaitent agrandir (modérément) leur bâtiment existant dans l’intérêt de l’économie viticole pourront donc le faire, par exemple pour un petit carnotzet ou un petit espace de vente ; la question de savoir à partir de quand un bâtiment peut être considéré comme de “peu d’importance” devra être tranchée selon les circonstances, en fonction de la taille du bâtiment d’origine.

Certes, le texte de l’initiative prête le flanc à la discussion, comme tout texte de loi; les avocats et tribunaux en savent quelque chose. Pour autant, la vision juridiquement unilatérale présentée par les opposants n’est pas conforme au texte de l’initiative. En cas de doute sur l’interprétation, les tribunaux prendront en compte les intentions des initiants et leurs déclarations pendant la campagne (cf. arrêt du Tribunal fédéral 139 II 243, consid. 8). On peut donc parfaitement voter pour l’initiative sans avoir à craindre les désastres juridiques prédits par ses opposants: les constructions d’intérêt public resteront admissibles, tout comme le seront les petites constructions servant l’économie viticole dans les villages

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Art. 17 Initiative

1 Le territoire d’intérêt public et d’équipements collectifs est régi par les principes suivants :

a. Il est destiné à des équipements d’intérêt public, en général des aménagements de plein air.

b. Des constructions annexes aux aménagements de plein air peuvent être admises. Les campings existants sont réservés.

c. Dans la mesure où l’intérêt public le justifie, des bâtiments d’équipements collectifs peuvent être autorisés dans le territoire marqué d’une lettre "c" sur la carte. Les constructions ont un caractère et une volumétrie adaptés au site.

d. (abrogée).

e. (nouveau) L’arborisation est maintenue, à l’exception des arbres fruitiers.

 

2 Dans tous les cas, les dispositions fédérales et cantonales relatives aux constructions hors des zones à bâtir doivent être respectées.

 

 

Art. 18 lit. g

 

Art. 18.- Le territoire des villages et hameaux est régi par les principes suivants :

g) (nouveau) A l’exception des constructions souterraines (par ex. parkings, hangars viticoles) toute construction nouvelle est exclue. Les reconstructions ne peuvent être autorisées que dans les limites des volumes existants et doivent respecter le caractère de l’ensemble; des exceptions de peu d’importance peuvent être consenties pour autant qu’elles répondent à des besoins avérés et prépondérants de l’exploitation viticole.

 

Art. 19.- Le territoire de centre ancien de bourgs est régi par les principes suivants:

g) (nouveau) A l’exception des constructions souterraines (par ex. parkings, hangars viticoles) toute construction nouvelle est exclue. Les reconstructions ne peuvent être autorisées que dans les limites des volumes existants et doivent respecter le caractère de l’ensemble; des exceptions de peu d’importance peuvent être consenties pour autant qu’elles répondent à des besoins avérés et prépondérants de l’exploitation viticole.

26/02/2014

Les raisons de ne pas céder aux sirènes antidémocratiques

Evidemment, le peuple n’a pas toujours raison. Il lui arrive de se tromper, parfois lourdement. L’erreur étant humaine, on ne voit pas en quoi une masse d’êtres humains aurait moins de risques d’errer qu’un simple individu. Sans compter que notre système démocratique souffre de nombreuses tares qui biaisent le libre exercice de la volonté collective; l’opacité du financement des campagnes électorales en est probablement la manifestation la plus évidente (publié dans Le Temps du 26 février 2014).

Faut-il pour autant remettre en cause notre système de démocratie semi-directe? Certaines voix en appellent à une modification fondamentale des règles du jeu, considérant que les dégâts causés (en particulier) par l’UDC ces dernières années sont si graves, avec des initiatives fallacieuses et pernicieuses, qu’une réforme s’impose. Ces propositions doivent être analysées avec circonspection.

Il ne doit exister qu’une seule limite à l’exercice des droits populaires: une initiative ne doit pas frontalement violer les droits fondamentaux et certains principes intangibles du droit international (ius cogens). Cette cautèle – qui n’est, il est vrai, pas prévue de manière explicite dans notre ordre constitutionnel – pose des questions délicates qui font beaucoup jaser sous la Coupole. Elle s’impose à des fins de protection des minorités et en raison de l’existence de voies de droit jusqu’à Strasbourg; faire accroire au peuple qu’il suffit de réformer la Constitution pour modifier la portée d’un droit fondamental est un leurre absolu, sauf à dénoncer simultanément la Convention européenne des droits de l’homme, ce que même les milieux nationalistes n’ont pas osé proposer. S’agissant des autres traités internationaux, une solution respectueuse des droits démocratiques consisterait à prévoir, pour toute initiative populaire induisant la dénonciation de tout ou partie d’un traité, l’obligation de faire figurer un avertissement y relatif sur le bulletin de vote.

Pour le surplus, il est hors de question de limiter de quelque manière que ce soit l’exercice des droits populaires, sous peine de (re)faire un pas en arrière vers l’oligarchie. Il ne faut pas confondre les causes et les symptômes de la montée du nationalisme. Le fait que des mouvements ou partis s’emparent de l’initiative comme arme de guerre nationaliste ne devrait pas conduire à une critique de l’instrument, mais de ceux qui en mésusent. Ce serait sinon de la lutte (stérile) contre les symptômes, de la Symptombekämpfung. Comme si l’on interdisait les vélos ou les motos parce que ceux-ci sont souvent impliqués dans des accidents de la route mortels. Les mouvements nationalistes sont-ils moins influents dans les pays où les instruments de démocratie directe sont rares ou inexistants? Y font-ils moins de dégâts dans le débat public? Rien n’est moins sûr.

En restreignant l’exercice des droits populaires – par exemple par un rehaussement du nombre requis de signatures – on prive les minorités n’ayant pas ou peu voix au chapitre aux Chambres fédérales de la faculté de mettre un thème à l’agenda politique. La récolte de signatures serait moins accessible à ceux qui n’ont pas les moyens de rémunérer des «récolteurs privés»; un pas discutable vers la démocratie censitaire.

L’initiative populaire – même parfois en cas de retrait – a été à l’origine de nombreuses avancées: élection proportionnelle du Conseil national, assurance maternité, adhésion de la Suisse à l’ONU, aménagement du territoire, politique énergétique, etc. En tant qu’instrument démocratique, elle ne saurait être uniquement encensée par le camp des gagnants; elle est à respecter pour ce qu’elle représente intrinsèquement.

Plus fondamentalement, le parlement est-il réellement plus «sage» que le peuple? La rationalité parlementaire est-elle nécessairement supérieure à la rationalité démocratique? Dans un parlement aussi, il y a des majorités de circonstances; des votes serrés se jouent au nombre d’absents. Les rouages de la mécanique parlementaire ne prémunissent ni des faux pas ni des attaques frontales contre l’Etat de droit. Les exemples dans le passé récent sont légion.

L’intérêt supérieur du pays ne se décrète pas; il se construit, s’argumente patiemment. Aussi pertinente et foncièrement juste soit-elle, une position politique ne saurait tomber du ciel et puiser sa légitimité ex nihilo. La légitimité des décisions politiques est un bien au moins aussi précieux que leur pertinence; et la seconde ne peut par principe l’emporter sur la première.

Je ne peux conclure sans mon cri du cœur, celui d’un partisan de l’ouverture vers l’Europe, totalement dépité au soir du 9 février, mais inquiet de certaines réactions intempestives qui ont suivi: bon sang, partisans de l’ouverture et ­adversaires de la xénophobie, ne jouons pas la partition de l’UDC! Soyons démocrates et encore plus convaincants que nous ne l’avons été avant le scrutin! Quitte à revoter, le moment venu, pour corriger ce qui s’apparente en effet à une monumentale erreur.

13/05/2013

Offre d'emploi: Conseiller fédéral élu par le peuple

Blog principal: http://raphael.mahaim.ch

Petit exercice de fiction, un brin provoc’ et sur un ton moins révérencieux que Le Temps du jour: voilà à quoi pourrait ressembler une offre d’emploi pour le poste de Conseiller fédéral/Conseillère fédérale en cas d’acceptation de l’initiative de l’UDC le 9 juin prochain. A celles et ceux qui ne manqueront pas de rappeler que les cantons élisent déjà aujourd’hui leur gouvernement par voie populaire, je rétorque d’emblée que la comparaison ne tient pas: pas le même espace médiatique, pas le même espace géographique, pas les mêmes enjeux, ni les mêmes mécaniques de pouvoir…

OFFRE D’EMPLOI: Conseiller fédéral/Conseillère fédérale à 100%

Votre profil

  • Vous estimez que le Parlement, et ce quelle que soit sa légitimité populaire, constitue une entrave inutile voire nuisible à la bonne marche des affaires gouvernementales;
  • Vous n’êtes pas partisan du travail d’équipe; vous êtes convaincu qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même;
  • Vous n’aimez pas le travail effectué dans la discrétion; vous préférez largement les effets d’annonce et de manche;
  • Vous n’êtes pas réticent à réserver régulièrement, pendant votre mandat, des scoops d’envergure à une certaine presse désireuse d’informer le bon peuple; dans ce cadre, vous admettez l’idée d’informer les médias avant d’informer vos collègues du gouvernement ou les parlementaires;

Vos atouts

  • Vous avez une tendance naturelle à vous conformer aux idées reçues et à la prétendue volonté populaire ; en particulier, pour vous faire bien voir, vous n’hésitez pas à montrer du doigt, à intervalles réguliers, les requérants d’asile, les roms, les musulmans et autres boucs émissaires servant de défouloir à la "colère du peuple";
  • Vous disposez d’un instinct aiguisé pour suivre la direction du vent et rechignez à élaborer des idées visionnaires et à contre-courant;
  • Vous acceptez sans autres l’idée de servir avant tout les intérêts des lobbies qui disposent d’une grande force de frappe dans l’univers politico-médiatique et n’éprouvez aucune gêne à délaisser ceux qui n’ont pas voix au chapitre; le sort des habitants du pays dépourvus du droit de vote (étrangers, mineurs, interdits, etc.) – et ne pouvant par conséquent pas vous apporter votre voix – vous indiffère largement;
  • Vous êtes maître dans l’art de glisser des peaux de banane à vos collègues du gouvernement, en particulier pendant les périodes de campagnes électorales;
  • Vous disposez d’un petit pactole permettant d’assurer le financement de votre campagne électorale, ou, à défaut, pouvez vous appuyer sur un parti bénéficiant d’un trésor de guerre conséquent; la provenance de ces fonds vous est assez indifférente, dès lors que la noble fin de votre élection justifie tous les moyens.

Nous offrons

  • Un environnement de travail marqué par une compétition (presque) permanente avec les collègues du gouvernement;
  • La garantie que vous ne passerez strictement aucun temps en famille pendant les années électorales;
  • La garantie que vos moindres faits et gestes, vos états d’âme, les maladies de vos proches et vos destinations de vacances seront systématiquement décryptées par une certaine presse uniquement mue par le noble désir d’informer le bon peuple;

Pour vos postulations: écrire sous chiffre à "Population suisse, Suisse, Code postal 0001" avec CV, coupures de presse faisant état de votre capacité à mobiliser les médias, photographies attestant de votre sex-appeal et tout autre document permettant de documenter vos atouts tels que décrits ci-dessus.