08/05/2012

Présidentielle française: l'écologie grande perdante?

Le rideau est tombé sur le grand théâtre de la présidentielle française. Les Français ont élu un nouveau roi. Flanqué de ses fidèles serviteurs, François Hollande présidera aux destinées de la République pendant les cinq années à venir.

Comme beaucoup, je suis heureux de voir enfin se terminer la mauvaise plaisanterie sarkozienne. Je suis aussi séduit par la modestie (relative) de Hollande, qui incarne de manière crédible la défense de l’intérêt général et la lutte contre les fractures sociales. Son absence de charisme est compensée par une certaine forme d’humilité qui le rend sympathique. Son parcours force l’admiration aussi. Pour les propositions visionnaires et les utopies, en revanche, on repassera...

L’élément majeur à retenir de cette campagne présidentielle, au-delà de l’opposition entre ces deux protagonistes, c’est la défaite de l’écologie politique. Elle est résolument la grande perdante de cette élection 2012.

Les Verts portent à l’évidence une responsabilité importante dans cet échec. Dans un premier temps, je m’étais enthousiasmé pour la candidature d’Eva Joly. Elle réunissait à mes yeux tous les ingrédients pour bien faire : elle ne provenait pas du sérail et échappait à tout reproche de « sectarisme politique » ; elle jouissait d’une réputation impeccable ; elle pouvait se targuer d’une admirable carrière au service de la justice ; elle incarnait à merveille le fédéralisme européen cher aux Verts.

Mais pour de multiples raisons, la mayonnaise n’a pas pris. La responsabilité des Verts et de leur candidate n’est pas légère. Alors que leur résultat aurait pu être dans la ligne de celui des élections européennes de 2009, il a été catastrophique. De nombreuses voix écologistes ont été siphonnées par Mélenchon ; certains écologistes ont « utilement » voté Hollande ; d’autres encore ont voté Bayrou ou sont restés à la maison.

Cause ou conséquence – ou les deux (?) – de la faiblesse des Verts : les grands sujets écologistes sont restés totalement absents de la campagne. Pire, on peut même légitimement se demander s’il n’y a pas recul sur certains enjeux environnementaux majeurs.

L’occasion était historique d’ébranler la foi française en la technologie nucléaire. Après la catastrophe de Fukushima et compte tenu de la montée en puissance des énergies alternatives, il est urgent de proposer un tournant énergétique dans toute l’Europe. Or, la France ambitionne désormais... de parfaire son art de faire du sur-place. Chacun aura pu apprécier les contorsions de Hollande à propos du nucléaire : un seul réacteur doit être fermé, celui de Fessenheim en Alsace. Pour le reste, les recettes du passé ne sont pas remises en question. Dans les débats de la campagne, le développement des énergies renouvelables n’a été abordé que de manière anecdotique.

De la même manière, l’une des mesures-phare de Hollande constitue un recul notoire en matière environnementale : le gel temporaire du prix de l’essence. A l’heure où l’on tente de modifier les conditions-cadres de la fiscalité et de l’économie pour réorienter les acteurs vers les activités peu gourmandes en CO2, cette mesure s’apparente vraiment à un encouragement au « tout à la voiture ». Je ne suis pas en train de dire qu'il aurait fallu à tout prix augmenter le prix de l'essence. Mais au moins réfléchir à une manière plus intelligente de récompenser les personnes qui font des efforts en limitant leurs trajets en voiture!

Et les OGM ? Et la libéralisation du marché agricole ? Et la protection du paysage et de la biodiversité ? Seule une poignée d’initiés peut dire ce que les candidats en pensaient, tant le silence entourant ces sujets était assourdissant pendant la campagne...

J’ai envie de donner sa chance à Hollande, de croire au changement qu’il a annoncé. Je sais toutefois que ses marges de manoeuvre sont minces et que l’écologie risque bien souvent d’être sacrifiée sur l’autel de considérations prétendument plus urgentes. La campagne qui s’achève ne nous permet pas d’être optimiste. Espérons que l’écologie saura rapidement relever la tête et que François Hollande sera réceptif le moment venu !

19/04/2012

Dix défis pour la future présidence des Verts suisses

Ce samedi, à Carouge, la nouvelle présidence des Verts suisses sera élue par l’assemblée des délégués. Bien évidemment, les médias s’intéresseront en premier lieu aux questions croustillantes de personnes, aux conflits imaginaires entre Romands et Alémaniques et entre « fundis » et « realos » ou encore aux prises de parole « exotiques » pendant l’assemblée – un fait courant chez les Verts. Il me paraît pour ma part plus intéressant de dresser l’inventaire des défis (immenses) auxquels sera confrontée la nouvelle présidence. Inutile de préciser que cet inventaire ne se veut pas « objectif » et qu’il n’engage que son auteur...

L’écologie politique se trouve à un tournant de son histoire. A ceux qui la disent morte car désormais intégrée dans les programmes de tous les partis, je réponds qu’elle est au contraire plus vivante et plus vitale que jamais. Les ambitions du projet écologiste sont à la hauteur des défis qui attendent la planète et ses habitants dans les décennies à venir. Petite feuille de route en dix points à l’intention de la future présidence des Verts suisses.

1) Réapprendre à avoir une longueur d’avance. Pour les élections fédérales 2011, nous avions le slogan qui correspond le mieux à l’idée que je me fais des Verts : « une longueur d’avance ». Nous n’avons pas su l’incarner, ni dans notre programme électoral, ni dans la campagne. Il est impératif de produire de nouvelles idées visionnaires, de proposer de nouvelles utopies, quitte à « avoir raison trop tôt ».

2) Faire rêver. Nous traînons trop souvent (depuis toujours ?) une image de rabat-joie, de pisse-froid. Nous devons montrer que l’écologie n’est pas moralisatrice et limitante. Elle est libératrice ; elle nous affranchit de nos dépendances – à l’énergie fossile, à la finance, à la productivité, à la surconsommation – et replace au centre les vraies finalités de l’existence en ce bas monde.

3) Quitter le monothématisme dans lequel nous nous sommes parfois enfermés. Notre projet de société est un projet englobant, complet, qui ne se résume pas à quelques thèmes choisis. L’écologie politique n’est pas « l’environnementalisme » très à la mode dans tous les partis (sauf un !), encore moins le greenwashing.

4) Mieux faire connaître les valeurs qui font la spécificité des Verts et qui nous distinguent de nos « alliés » politiques : décentralisation, anti-matérialisme, indépendance, anti-productivisme, respect de « l’écoumène », défense des minorités et des sans-voix, durabilité et long terme, etc. En dépit des convergences ponctuelles, notre projet ne correspond pas à celui du PS, encore moins à celui des Vert’libéraux, ni à celui de qui que ce soit d’autre.

5) Se positionner comme porteurs d’une vision globalement solidaire. Notre action locale s’inscrit dans une pensée globale. La solidarité avec le Sud est un élément central de notre projet. Nous devons avoir le courage de nous opposer aux intérêts (notamment économiques) de nos propres territoires lorsque l’intérêt supérieur de la planète et des populations fragiles le commande. Les enjeux du siècle à venir sont avant tout mondiaux.

6) Défendre becs et ongles un autre modèle de gouvernance. L’écologie n’a jamais voulu le pouvoir pour le pouvoir. Le pouvoir, s’il est concentré entre les mêmes mains, s’il tourne en boucle au sein des mêmes réseaux, ne peut produire la transformation écologique dont nous avons besoin. Nous devons commencer par montrer l’exemple et proposer des alternatives fondées sur l’équilibre, le tournus, le partage et la participation démocratique.

7) Remettre au coeur du discours politique l’éthique individuelle. La « responsabilité individuelle » sert trop souvent de paravent à ceux qui, avançant masqués, refusent tout progrès dans l’intérêt collectif. Mais la responsabilité de chacun et chacune, au sens d’un devoir envers la collectivité et non au sens d’un individualisme égocentriste, est bel et bien l’enjeu de l’avenir. Sans changement des « consciences », il n’y aura pas de changement sociétal.

8) Devenir un parti réellement populaire, susciter l’engouement des foules et pas uniquement d’une « frange » urbaine et formée de la population. Les Verts allemands de Stuttgart ont su le faire et ont obtenu des résultats électoraux stratosphériques. Pourquoi pas nous ? Il ne s’agit bien évidemment pas de tomber dans la démagogie, mais de quitter notre posture intello-élitiste. Le défi s’adresse à tous les élus, à tous les militants, et il est de taille...

9) Repenser nos vecteurs de communication. Les études montrent que l’écologie séduit très largement les jeunes générations. Il faut revoir en profondeur nos modes de communication, investir la « blogosphère », défendre les « libertés numériques » et provoquer ce sursaut qui ramènera les jeunes générations vers les urnes. La société de l’instantanéité qui est la nôtre exige davantage que quelques banales affiches électorales et slogans ronronnants.

10) Consolider notre base militante. Les Verts, nous sommes le parti de Suisse avec le plus faible nombre de membres en proportion des élus. Nous compensons en partie ceci par notre force militante. Mais notre travail sur le terrain repose sur une machine précaire qui a souvent des ratés en période chargée. La diffusion de nos idées passe par une présence plus affirmée, plus volontaire, là où les gens vivent. Ce n’est pas dans les coulisses politico-médiatiques que se joue l’avenir, mais sur la grande scène du quotidien.

Tout un programme...

23/03/2012

Monsanto: exonération fiscale au mépris de l'éthique

Dans la réponse du Conseil d'Etat aux interpellations parlementaires portant sur les exonérations fiscales, les Verts vaudois ont reçu aujourd'hui la confirmation que l'entreprise Monsanto a bel et bien bénéficié d'une exonération fiscale. Les Verts vaudois redoutaient une telle réponse mais sont d'autant plus affligés que l'exonération consentie portait sur l'impôt fédéral et sur l'impôt cantonal et s'élevait, pour la part cantonale, à 100%. (Communiqué de presse des Verts VD du 23 mars 2012.)

Une telle décision est en flagrante contradiction avec les valeurs éthiques que devrait défendre le canton de Vaud en matière de politique fiscale, tant l'entreprise Monsanto est éloignée d'une start-up locale dont les activités profitent au tissu économique régional. Monsanto a fait l'objet de multiples condamnations en justice pour atteinte à la santé publique et à l'environnement.

S'agissant de la production d'organismes génétiquement modifiés (OGM), activité principale de Monsanto, on peut rappeler que le Grand Conseil a exprimé à maintes reprises son opposition à la production d'OGM dans le domaine agro-alimentaire, tout comme la population vaudoise et suisse.

Seule maigre consolation pour les Verts: le Conseil d'Etat reconnaît pudiquement, dans la réponse à l'interpellation, "qu'il ne faudra pas négliger, à l'avenir, de tenir compte des comportements d'entreprises à l'étranger qui ne respecteraient pas certains standards, ceci dans une optique éthique, mais également afin d'éviter des dommages quant à la réputation de la politique de développement économique". Les Verts espèrent pouvoir inférer de cette déclaration que de telles exonérations ne seront plus jamais octroyées à l'avenir.

Au vu de ces nouveaux éléments, les Verts sont d'autant plus convaincus de la pertinence de la motion de la députée verte Alessandra Silauri, qui demande davantage de transparence dans l'octroi d'allégements fiscaux et un meilleur suivi de critères éthiques.