07/10/2011

J-16 : Priorité « utopiste » no 3 : Une politique migratoire résolument libérale

Au niveau mondial, la libre circulation des biens et des services est devenue la règle. C’est la loi de la jungle – la concurrence de tous contre tous – qui provoque un afflux massif de richesses vers les pays du Nord et les pays émergents, laissant sur la bas-côté notamment le continent africain. Et nous refusons simultanément aux êtres humains le droit de se déplacer et de s’installer ailleurs. Ne devrait-on pas changer totalement de perspective ?

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : séance du bureau des Verts VD cet après-midi à 17h – distribution de tournesols à la gare de Lausanne ensuite

Le récit de la veille : hier soir, séance de bilan au sujet de « Vivre et voter ici » : une ambiance à la fois nostalgique et amère pour clore une aventure passionnante mais qui s’est terminée par un échec politique

  • Nombre de courriels concernant la politique : 55
  • Nombre de téléphones concernant la politique : 5
  • Nombre d’heures consacrées à la politique : 3

Priorité « utopiste » no 3 : une politique migratoire résolument libérale

Nous vivons tout de même une époque particulière. Les décideurs de ce monde ont fait de notre planète un immense marché où règne la sacro-sainte règle de la concurrence. Peu importent les différences éclatantes en termes de conditions de travail entre les lieux, peu importent les conséquences environnementales du transport de marchandises : s’il est plus rentable de produire du textile au fin fond de la Chine pour l’écouler ensuite sur les marchés européens, alors on le fait sans trop se poser de questions ; si le riz d’un petit producteur malgache est plus cher sur le marché mondial que le riz produit par de grandes exploitations intensives en Thaïlande, on prie le producteur malgache de réduire encore davantage ses coûts de production, sans quoi il sera exclu dudit marché.

Les conséquences de cet ordre mondial « supermarché » sont connues : alors que les économies des pays du Nord se sont envolées, une bonne partie de la planète vit dans des conditions sociales et sanitaires difficiles, pour ne pas dire dramatiques. Les mouvements continus de marchandises – souvent par avion – croissent de manière presque exponentielle, avec un coût environnemental ahurissant. On a perdu le lien qui nous rattache au territoire, à la terre : manger du raisin venu de l’autre bout du monde en mars et s’habiller avec des habits produits par des petites mains sous-payées en Asie, c’est notre pain quotidien.

Certes, l’explication de cette évolution est complexe, pour ne pas dire controversée. Mais assurément, la globalisation des échanges économiques a joué un rôle déterminant. Les pays du Sud, notamment d’Afrique, sont cantonnés depuis l’ère coloniale à un rôle d’exportateurs de matières premières ; les investissements, le savoir-faire et les nouvelles technologies sont restées aux mains des pays du Nord. L’industrie lourde, puis les services, s’y sont développés comme nulle part ailleurs, amenant le boom économique que l’on connaît. Une cartographie des flux économiques des 150 dernières années révèlerait sans doute une image frappante : les richesses ont circulé en écrasante majorité de et vers les pays du Nord. Rappelons que bien souvent, un franc investi au Sud par un pays du Nord lui rapporte encore bien davantage…

Tout ceci pose bien entendu la question de l’aide au développement et de la solidarité mondiale. Mais cela soulève aussi des interrogations quant aux flux migratoires. Depuis des dizaines d’années, nous ouvrons les frontières aux biens et services, alors que simultanément, nous interdisons à celles et ceux qui souhaitent « tenter leur chance ailleurs » de se déplacer. Nous vivons en Suisse dans un monde d’opulence, notamment grâce aux échanges avec l’étranger, et décrétons de manière autoritaire que nous ne voulons pas de migration « économique ». Quel paradoxe, et surtout quelle injustice ! En tant que Suisse, je peux décider d’aller m’installer à peu près n’importe où dans le monde en claquant des doigts. Si j’ai le malheur de naître en Afrique noire, je peux presque directement oublier de me rendre dans un pays du Nord pour y travailler…

Pourtant, on compte sous nos latitudes un nombre considérable de travailleurs au noir. Des personnes de nationalité étrangère qui font fonctionner notre économie mais à qui l’on refuse tout statut légal. Par ailleurs, je suis convaincu que la sévérité de la politique migratoire joue un rôle mineur dans la régulation du nombre de migrants ; les migrants qui souhaitent venir s’installer en Suisse ne se demandent pas avant d’entamer leur voyage si les lois suisses sont sévères ou non. Aujourd’hui, la Suisse connaît l’un des régimes migratoires les plus stricts d’Europe. Cela n’empêche pas pour autant des milliers de personnes de venir s’installer chez nous chaque année, parfois en toute clandestinité. La régulation étatique des migrations, c’est la négation même de la dignité humaine.

Certes, il conviendrait de réfléchir de manière intelligente aux conditions cadres d’un tel régime « libéral » pour éviter de créer un fort ressentiment envers les étrangers : lutte contre le dumping salarial pour éviter que des migrants n’acceptent des salaires bien au-dessous des standards suisses ; réforme de nos assurances sociales pour éviter des situations de tourisme « social » où l’on vient uniquement pour profiter des prestations sociales suisses ; aménagement du territoire favorisant la mixité pour éviter la création de ghettos, etc.

Voilà une idée à creuser pour le siècle à venir : inverser les dogmes de la libre circulation, brider la libre circulation des marchandises mais libéraliser la libre circulation des personnes au niveau mondial. "Utopiste", me direz-vous? Oui "utopiste", précisément! Que risque-t-on ? Alors que nous connaissons l’un des systèmes migratoires les plus sévères d’Europe, notre pays est déjà tapissé d’affiches dénonçant une prétendue « immigration massive ». Nous ne pouvons pas tomber beaucoup plus bas…

06/10/2011

J-17 : Débat devant 300 gymnasiens

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

Hier après-midi, j’ai participé à un débat au Gymnase du Burier devant un auditoire très sympathique et remuant de quelque 300 gymnasiens. Un public assez inhabituel en comparaison avec les débats politiques classiques. Et l’occasion aussi de se reposer la question cruciale et très alarmante du fort taux d’abstentionnisme chez les jeunes...

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : cet après-midi, brève distribution de tournesols avec les Verts de Lausanne à la gare de Lausanne – 18h30 séance de bilan et de clôture de l’aventure Vivre et voter ici

Le récit de la veille : 6h30-8h séance extraordinaire du bureau des Verts vaudois – après-midi, débat au gymnase du Burier – le soir, débat à Gland avec mes collègues Vinciane Frund et Adèle Thorens sur le thème « Vivre ensemble sur La Côte »

  • Nombre de courriels concernant la politique : 85
  • Nombre de téléphones concernant la politique : 4
  • Nombre d’heures consacrées à la politique : 9

Débat devant 300 gymnasiens

C’est un public aussi particulier que sympathique : entre 200 et 300 gymnasiens venus écouter ce qu’ont à raconter quatre candidats au Conseil national, deux de droite, deux de gauche. Le thème était imposé, ou plus précisément choisi par les élèves du gymnase : la politique migratoire. Un autre débat avait eu lieu quelques jours auparavant au sujet de la politique familiale.

Premier constat : qu’il est difficile de s’adresser à un tel public ! Nous sommes habitués à réciter nos refrains de politicards en casant des mots savants tels que « politiques publiques », « programmes d’investissements », « majorité parlementaire », etc. Du charabia pour des jeunes qui n’ont pour la plupart pas encore la majorité et qui commencent à peine à s’intéresser aux débats politiques. Rien que pour cela, c’était un exercice fort appréciable : tenter de réfléchir différemment, d’aborder les problèmes sous un angle moins technocratique, avec des formules claires et rattachées à la réalité du quotidien.

Deuxième constat : les vecteurs de communication habituels des partis – affiches électorales, tracts, etc. – ont un impact presque insignifiant auprès des jeunes. La « sensibilité politique » se développe ainsi uniquement grâce à deux types de supports : le « 20 minutes » et « internet ». Les autres médias traditionnels – presse écrite, radio ou TV – n’obtiennent que des miettes de « parts de marché » auprès des jeunes.

Troisième constat : une très grande partie de ces jeunes ayant obtenu le droit de vote ne va pas voter. Ceci non seulement par manque d’intérêt (« De toute façon ça sert à rien ! »), mais également par manque d’informations au sujet du système électoral ou des objets de votation (« De toute façon c’est trop compliqué »). Je repense à ce gymnasien qui me demandait après le débat comment faire pour se renseigner au sujet des objets de votation. Il regrettait n’avoir aucun argument à opposer aux discours de ses copains n’ayant pas les mêmes opinions…

Pour nous les Verts, il y aurait beaucoup de leçons à tirer de ce genre d’expérience : cesser de miser uniquement sur nos modes habituels de communication (stands au marché, tracts électoraux, etc.), réorienter notre publicité électorale vers internet et les nouveaux médias, investir du temps et de l’énergie dans le travail de rencontre avec les jeunes, dans le cadre scolaire ou extra-scolaire, etc.

On devrait d’urgence lancer une vaste réflexion à ce sujet. Car c’est l’avenir de la démocratie qui est en jeu. Et nous devons mériter notre slogan de campagne « Les Verts, une longueur d’avance »…

04/10/2011

J-19 : Une cimenterie peut-elle être écolo ?

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

Hier soir, nous avons visité avec les Verts vaudois la cimenterie d’Holcim à Eclépens dans mon district. Holcim fait souvent figure d’exemple en matière de durabilité des processus de production. Mais la question dérangeante demeure : jusqu’à quand pourra-t-on continuer à exploiter les roches calcaires – non renouvelables – pour fabriquer du ciment et du béton ?

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : 7h00-8h30, distribution de tracts à la gare de Nyon – matinée séance de groupe parlementaire – midi à 14h, séance du bureau des Verts VD – après-midi session parlementaire

Le récit de la veille : 6h30-8h distribution de tracts à la gare de Morges pour notre action « 3ème voie CFF » - visite d’Holcim en fin d’après-midi

  • Nombre de courriels concernant la politique : 70
  • Nombre de téléphones concernant la politique : 5
  • Nombre d’heures consacrées à la politique : 6

Une cimenterie peut-elle être écolo ?

Dans le cadre de notre axe de campagne « économie verte », nous avons visité hier soir la cimenterie d’Holcim à Eclépens. Le savoir-faire et la capacité d’innovation des ingénieurs de ce site d’Holcim – souvent considéré comme précurseur – forcent l’admiration : utilisation de déchets en tout genre (pneus, plastiques, boues de step, etc.) pour remplacer le combustible classique du four (charbon mélangé avec des résidus du raffinage du pétrole) ; production d’énergie thermique pour le chauffage à distance des communes environnantes ; grand respect des sites archéologiques trouvés sur le site d’extraction des roches ; projet en cours de production d’énergie électrique à partir de la chaleur du four (cogénération) ; production de ciment destinée au marché suisse à l’exclusion de l’exportation, etc.

Les multiples certifications en durabilité et distinction reçues par Holcim ne parviennent toutefois pas à masquer la question centrale de cette industrie : l’extraction de roches calcaire à des fins de production de ciment est-elle durable ? A l’évidence, la réponse est négative : les émissions de CO2 tout au long du processus de production restent considérables ; les réserves de ces roches sont épuisables ; le béton en tant que matériau de construction n’est pas connu pour être particulièrement respectueux de l’environnement…

Comme le disait très justement Luc Recordon au micro de la TSR suite à la visite : dans le contexte actuel, c’est probablement une concession à laquelle l’on ne peut pas échapper au vu des besoins en ciment de notre économie. Il faut alors se réjouir qu’Holcim fasse tout ce qui est en son pouvoir pour réduire l’empreinte environnementale de ses activités.

Mai il reste surtout à espérer que l’on trouve rapidement des substituts renouvelables au ciment…

Quelques impressions de la visite en images :