06/03/2013

Contournement autoroutier de Morges: diviser pour mieux régner?

Le projet de contournement autoroutier à Morges agite le landerneau politique vaudois et le district de Morges. Après le débat au Grand Conseil sur la motion de mon collègue Martial de Montmollin, ce sont maintenant certaines communes qui sortent du bois, comme on peut le voir à la lecture de la presse (en ligne) de cet après-midi.

Pour mémoire, l’Office fédéral des routes (OFROU) projette de construire une nouvelle autoroute de contournement de Morges. Parmi les trois variantes initiales, l’OFROU privilégie la variante dite du « grand contournement », qui prévoit un nouveau tracé d’autoroute au nord de la ville de Morges depuis le Boiron (Saint-Prex) jusqu’à l’échangeur de Villars Sainte-Croix, avec maintien de l’autoroute actuelle. Le Grand Conseil et le Conseil d’Etat préfèrent la variante de « grand contournement avec piqûre » qui prévoit grosso modo le même tracé mais avec une bretelle de jonction supplémentaire à la hauteur de Lonay, laquelle devrait permettre, aux frais du canton, le déclassement du tronçon actuel de l’autoroute en traversée de Morges.

Les Verts, nous n’étions favorables à aucune de ces deux variantes mais plaidions pour la variante dite du « petit contournement enterré », variante malheureusement rapidement abandonnée par l’OFROU.

Voilà pour les données du problème. Sans trop entrer dans les détails techniques des variantes, il faut retenir les éléments suivants:

- La variante du « grand contournement » ne permettrait pas de délester la ville de Morges et équivaudrait à un dédoublement de l’autoroute actuelle. En outre, même dans les scénarios les plus optimistes, l'enterrement de l’entier du nouveau tracé paraît impossible. Il y aura de toute façon des parties du tracé découvertes, ne serait-ce qu’aux jonctions de Saint-Prex et Villars Sainte-Croix

- La variante du « grand contournement avec piqûre » entraînerait des impacts importants pour les communes de Lonay et Bremblens, avec la jonction supplémentaire forcément déterrée. Par ailleurs, le déclassement du tronçon en traversée de Morges reste pour l’heure une promesse en l’air. Dans l’histoire suisse, on a pour ainsi dire jamais assisté au démantèlement de tronçons autoroutiers existants. Si cette hypothèse se réalisait malgré tout, on peut se demander si la création d’un grand boulevard urbain en lieu et place de l’autoroute actuelle représente vraiment une amélioration qui en vaut la peine pour les habitants de Morges.

- Le district a toutes les peines du monde à élaborer une position commune sur la question. Chaque commune concernée – et c’est bien compréhensible – a peur que le tracé passe sur son territoire. Région Morges et l’ARCAM (Association de la Région Cossonay-Aubonne-Morges) ont bien élaboré des prises de position à ce sujet, mais ces textes n’ont pas été rendus publics. Seules les Municipalités de la couronne morgienne les ont officiellement reçus. Ces derniers jours, dans la presse, c’est plutôt une grande impression de cacophonie qui prévalait.

- L’OFROU compte bien évidemment sur les divisions au sein de la région pour imposer la variante qu’il privilégie. A cet égard, il faut voir que l’OFROU ne se préoccupe pas du bien-être de la région et de ses habitants. Dans une logique purement technocratique, il choisira la variante la moins chère et la plus « efficace » en termes de flux de voitures. Dans cette optique, l’OFROU est ravi de « diviser pour mieux régner ».

- Si le district ne parvient pas à se mobiliser de manière concertée et à parler d’une seule et même voix, alors la région court le risque d’être perdante sur tous les tableaux. Le scénario catastrophe pour les communes concernées et le paysage serait le maintien de l’autoroute actuelle et la construction d’un nouveau tronçon supplémentaire (variante du grand contournement) qui ne serait que très partiellement enterré. Bremblens, Lonay, Bussigny, Saint-Prex, etc. n’auront alors que les yeux pour pleurer… Et toute la région serait balâfrée!

Il est maintenant urgent:

- De réunir toutes les autorités et personnes concernées du district autour d’une table pour faire le point de la situation et élaborer une position commune.

- D’analyser sérieusement les conséquences du scénario catastrophe évoqué ci-dessus sur le paysage et les habitants de la région.

- De se poser sérieusement la question du développement que nous voulons pour notre région… Voulons-nous vraiment une immense balafre au travers de la campagne, servant uniquement le trafic de transit mais ne permettant pas d’améliorer la situation à Morges?

20/09/2012

Aménagement du territoire: la réplique à P. Nantermod

Lors du débat de mardi au Grand Conseil au sujet de l’aménagement du territoire, j’ai plaidé pour que le canton de Vaud ne rejoigne pas le Valais comme signataire du référendum cantonal contre la révision de la loi fédérale. La Grand Conseil a finalement suivi cette position. Une petite pique à l’encontre du Valais n’a pas manqué de faire réagir nos amis valaisans, dont Philippe Nantermod qui y consacre un billet sur son blog du jour. Petite réplique en 10 points.

Je vois que Philippe, tu as réellement de la peine à digérer cette petite pique. Alors permets-moi de te donner la réplique à propos de cette fameuse révision de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT):

1) Je ne me sens nullement en position de donner des leçons à qui que ce soit; j’ai uniquement plaidé pour que le canton de Vaud ne rejoigne pas le canton du Valais dans le camp des cantons soutenant le référendum des cantons contre la LAT, et ce pour des questions de fond et d’image. Cet argument (entre autres) a fait mouche, puisque la majorité du Grand Conseil vaudois (à droite) a suivi cette position.

2) J’assume en revanche pleinement l’affirmation selon laquelle le canton du Valais est très mauvais élève en matière d’aménagement du territoire. Ce n’est d’ailleurs pas moi qui le dis, mais (notamment) le très libéral Avenir suisse, qui classe VS en toute queue de peloton, très en retard notamment dans les domaines que la LAT révisée souhaite améliorer.

3) Je n’ai jamais affirmé que le canton de Vaud faisait tout juste. Nous nous battons d’ailleurs comme des lions avec les Verts vaudois pour infléchir la politique vaudoise dans le bon sens. Mais il reste que Vaud est tout de même dans une position nettement moins défavorable dans cette fameuse étude d’Avenir Suisse, et dans d’autres études aussi d’ailleurs.

4) La comparaison entre la protection du Cervin et celle de Lavaux est un peu grossière. Et je note au passage que tu rends hommage à Weber pour son travail en Lavaux, c’est sympa de ta part.

5) Pour les défenseurs auto-proclamés du fédéralisme, la seule loi fédérale sur l’aménagement du territoire acceptable serait une loi avec un unique article disant “les cantons sont souverains en matière d’aménagement du territoire”. Un tel fédéralisme ressemble pour moi plutôt à une coquille vide. Fédéralisme ne rime pas avec immobilisme.

6) A propos de fédéralisme, mettras-tu le même zèle à t’opposer à l’extension des horaires d’ouverture des magasins votée ces temps à Berne au mépris des compétences cantonales? Permets-moi d’en douter, et de regretter infiniment ce fédéralisme à géométrie très variable.

7) Je prétends, avec le Conseil fédéral, les Chambres et bien d’autres encore, que cette révision de la LAT vise précisément à défendre le fédéralisme. Elle ne modifie en rien la répartition des compétences entre les cantons et la Confédération, contrairement à l’initiative sur le paysage qui prévoit un transfert de compétences vers Berne. Si les principes généraux que la loi prévoit ne plaisent pas à certains lobbys et au canton du Valais, c’est une autre affaire.

8) A propos de la LAT, il faut cesser de dire en Valais que c’est un diktat de Berne. Je rappelle que cette révision, élaborée en partenariat avec les cantons, est soutenue par la Conférence intercantonale des directeurs de l’aménagement du territoire, à la quasi-unanimité. Cette conférence est tout sauf un repère d’ayatollahs de l’écologie. A ce jour, aucun canton n’a fait sienne la position du Valais; de nombreux cantons ont en revanche déjà confirmé leur soutien à la LAT révisée. C’est donc pour l’instant “le Valais contre tous” au niveau des cantons.

9) Parmi les soutiens à cette révision, on citera la notoirement gauchisante Union Suisse des paysans ou la tout autant écologiste Association suisse des propriétaires fonciers. Je relève également que la version finale de la loi a été acceptée par 108 voix contre 77 au Conseil national et par 30 voix contre 10 au Conseil des Etats. Sachant que la gauche (y compris les Verts) détient environ un (gros) tiers des voix à l’Assemblée fédérale, les calculs sont vite faits. Mais il est toujours plus facile de flinguer en public les écologistes que de convaincre les nombreux collègues du PLR qui ont voté en faveur la loi…

10) En définitive, peu importent ces questions de “politique politicienne”. Ce qui compte c’est l’enjeu de cette votation, soit la lutte contre le bétonnage et le mitage du territoire. Et sur ce point, je conçois volontiers qu’un écologiste vaudois et un radical valaisan ne soient pas du même avis. Le débat politique en vue de la votation qui aura lieu en mars ne fait que commencer. Et je suis impatient d’en découdre!

29/08/2012

Aménagement du territoire: assez tergiversé!

L’année 2012 restera dans les annales de l’aménagement du territoire, des péripéties entourant l’initiative sur les résidences secondaires à la révision de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). Dans notre canton, le Conseil d’Etat a mis en consultation un projet de révision du plan directeur cantonal. Article publié ce 29 août 2012 dans 24 Heures.

Les mesures proposées ne constituent pas une révolution, mais apportent quelques améliorations ciblées : incitations à la création de logements, coordination entre l’urbanisation et les transports, encadrement des installations dites « à forte fréquentation » (grandes surfaces « à l’américaine ») et de leur cortège de nuisances, planification énergétique, etc.

On voit déjà certains, radicaux-libéraux en tête, faire feu de tout bois contre cette révision. Avec une argumentation fourre-tout qui frappe par son dogmatisme, ils croient avoir trouvé une occasion rêvée de s’en prendre à la nouvelle majorité du Conseil d’Etat. N’ont-ils pas entendu le signal d’alarme d’Avenir Suisse – ce puissant think tank pourtant très libéral – quant à l’urgence pour les cantons de prendre des mesures correctives en matière d’aménagement du territoire[1] ? N’ont-ils pas lu les analyses montrant que leur électorat a massivement soutenu l’initiative de Franz Weber ?

Qu’il est loin le temps où les pionniers de l’aménagement du territoire provenaient des rangs radicaux ou PDC ! Que l’on pense à Armin Meili, Conseiller national radical, directeur de l’exposition nationale de 1939 et père spirituel de l’aménagement du territoire moderne. Ou encore au Conseiller fédéral PDC Kurt Furgler, qui avait qualifié la LAT de « loi du siècle » en la présentant au Parlement dans les années 1970. On peut aussi rendre hommage à feu le Conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud, qui avait mesuré l’importance d’un aménagement du territoire équilibré, en portant à bout de bras le nouveau plan directeur cantonal.

La lutte contre le mitage du territoire est indispensable à la prospérité économique et à la cohésion sociale. Les conséquences d’un aménagement du territoire déficient sont pernicieuses. Les zones agricoles fondent comme neige au soleil, alors que l’on veut favoriser l’agriculture de proximité ; les communes sont lourdement sollicitées lorsque l’éparpillement des constructions fait naître de nouveaux besoins en infrastructures ; la prolifération des zones de villas rend plus difficile la construction de logements à loyers abordables ; les atteintes aux paysages se multiplient, avec une baisse consécutive de la qualité de vie.

Tant la révision de la LAT que celle du plan directeur cantonal sont incontournables. Ceux qui refusent de voir la réalité en face témoignent d’une irresponsabilité coupable dont les générations futures feront les frais.


[1] Voir notamment Müller-Jentsch Daniel/Rühli Lukas, Raumplanung zwischen Vorgabe und Vollzug – Inventar der kantonalen Instrumente zur Siedlungssteuerung, Avenir Suisse, Zurich 2010.