08/03/2014

"Je ne suis pas féministe, mais..."

“Je ne suis pas féministe”. Voilà une tirade que j’entends à ce point régulièrement dans la bouche d’amis ou connaissances qu’elle commence à en devenir familière. Elle a ceci de singulier qu’elle est presque toujours suivie d’un “mais” déterminé, lequel introduit une diatribe enflammée pour dénoncer une injustice que les femmes subissent toujours aujourd’hui.

On défend une opinion, mais on refuse de se voir affubler du qualificatif qui s’y rapporte.  Il faut d’emblée se dédouaner du “-iste”. Comme si le “-iste” qui caractérisait l’engagement politique pour la cause en question était une tare impossible à assumer, pestiférée presque.

C’est cela, les mots en “-iste”. Ce n’est pas à la mode. C’est pareil avec “écologiste”; j’entends cela aussi très souvent: “tu sais, je ne suis pas écologiste, mais je trouve quand-même pas normal ce que fait l’industrie agro-alimentaire; je ne suis pas écologiste, mais je soutiens l’idée de développer les sources d’énergies alternatives; je ne suis pas écologiste, mais l’extinction prévisible de l’ours polaire me révolte tout de même au fond de moi, etc.”

Loin de moi l’idée de reprocher à ceux qui ne se reconnaissent pas dans un engagement politique ou sociétal de l’ignorer, voire de le contester. Chaque opinion est recevable pour elle-même, et tant mieux si des “non-féministes” ou des “non-écologistes” se rallient de temps à autres au camp des “-istes”. C’est ainsi que les causes progressent dans une société démocratique.

En ce jour de 8 mars, journée des femmes, je propose néanmoins de s’amuser à renverser le discours. On dirait dorénavant: ”je suis féministe, mais je cesserai de l’être quand...”. Et ensuite suivrait un motif de ne plus être féministe.

Voici une petite liste (non exhaustive) de ces motifs:

“Je suis féministe, mais je cesserai de l’être quand...

... on ne dira plus spontanément le directeur et la secrétaire sans connaître les personnes en question;

... la violence domestique faite aux femmes aura été réduite à un phénomène marginal, comparable à d’autres infractions pénales;

... on n’aura plus droit dans la presse à des portrait spéciaux des femmes CEO de grandes boîtes justifiés par le caractère exceptionnel du phénomène;

... le temps partiel sera autant prisé par les hommes que par les femmes;

... la différence de traitement salarial entre hommes et femmes, pour un job équivalent, sera reléguée au rang de fait historique;

... les couches de chaque bébé seront en moyenne changées autant de fois par le papa que par la maman;

... on n’entendra plus dire qu’une femme violée ou abusée l’a tout de même bien cherché vu son accoutrement;

 ... on en dira autant sur l’apparence et les goûts vestimentaires des hommes politiques que des femmes politiques;

 ... on pourra se promener sur l’espace public sans voir à chaque coin de rue un corps de femme dénudé (et photoshopé) en guise d’appât publicitaire...”

La liste pourrait être rallongée à l’envi. Il y a encore quelques raisons, en ce 8 mars 2014, de demeurer “féministe”.

(publié initialement sur le site de l'hebdo)

04/03/2014

L’UDC et les suites du 9 février: vous avez dit responsables?

C’est absolument invraisemblable de voir comme l’UDC vaudoise ne sait pas que faire des conséquences du vote du 9 février, qui frappent de plein fouet la jeune génération – étudiants et apprentis – et la recherche, fleuron suisse par excellence (Petit écho de la séance du Grand Conseil de ce jour, mardi 4 mars 2014).

Au vote sur une excellente résolution parlementaire de mon collègue Nicolas Rochat Fernandez au Grand Conseil aujourd’hui concernant Erasmus et Horizon 2020, le groupe UDC s’est abstenu. L’UDC n’assume plus rien; elle ne sait que rejeter la responsabilité de ses actes sur d’autres, comme un conjoint aigri dans un divorce qui tourne mal le fait avec son ex-conjoint. C’est la négation même de la responsabilité politique. Et c’est surtout en flagrante contradiction avec la tradition agrarienne de l’UDC vaudoise, qui se faisait toujours un point d’honneur à faire avancer le fameux consensus à la vaudoise. L’UDC agrarienne vaudoise est morte, vive l’UDC vaudoise blochérisée.

J’accepte sans autres le verdict du peuple et n’en veux pas une seule seconde aux personnes qui ont fait part d’inquiétudes légitimes dans l’urne; je demeure également critique face à certaines réactions de l’UE. Mais j’en veux infiniment à ceux qui ont instrumentalisé ces inquiétudes pour leur propre gloriole électorale, en semant une zizanie presque sans précédents dans le pays, et qui refusent d’assumer les conséquences graves de leurs actes. A ce propos, le Conseil fédéral n’est vraiment pas très habile d’avoir refusé à l’UDC suisse sa participation au groupe d’experts post-9 février. L’UDC aura une occasion de plus de jouer les caliméros.

Pour soutenir les efforts en faveur de la préservation d’Erasmums et de Horizon 2020 pour les Suisses, cliquer ici.