05/09/2012

Discours pour le président du Grand Conseil

Hier, c’était jour de fête pour les autorités politiques vaudoises. Comme chaque année, nous avons célébré l’accession au perchoir du Grand Conseil du nouveau président. Cette année, c’est mon collègue vert Philippe Martinet qui sera premier citoyen du canton. Voici les quelques mots que je lui ai adressés au nom des Verts vaudois pendant la partie officielle.

Mesdames et Messieurs les membres des autorités politiques, judiciaires, ecclésiastiques et militaires ; Mesdames et Messieurs les membres des différentes administrations ; Mesdames et Messieurs les représentants des milieux économiques, associatifs ou culturels ; chers invités et amis du président, Mesdames et Messieurs,

Il peut y avoir de légitimes moments de découragement, lorsqu’on prend quelque recul et que l’on observe notre travail parlementaire. Et je ne parle pas ici de l’impression que nous pouvons parfois donner de brasser beaucoup d’air ; quand on n’est pas pris en flagrant délit de turbo-sieste !

Je parle ici du sentiment d’impuissance qui ne manque pas de nous envahir face aux défis planétaires dont les médias nous font chaque jour le rappel. Lorsqu’on l’on est tiraillé par une irrésistible envie d’un monde différent, on peut parfois s’interroger sur notre capacité à influencer le cours de choses, pris que nous sommes dans les dossiers et les virgules des projets de loi. Et on ne peut s’empêcher de repenser aux paroles de Victor Hugo : “c’est une triste chose de voir que la nature nous parle et que le genre humain n’écoute pas”. C’est peut-être l’apanage de la jeunesse de croire – avec un brin de naïveté il faut le dire – que tout est possible. Mais je sais que ces doutes vous habitent aussi parfois, Monsieur le Président. Et que vous êtes toujours animé par une volonté de contribuer à un monde différent.

Pour répondre à ces doutes, les Verts se donnent du courage en rappelant sans relâche que c’est avant tout par l’action locale que l’on peut mettre en oeuvre un projet global. Les changements ne peuvent pas être seulement imposés par le haut ; ils doivent aussi venir d’en bas, là où nous vivons et là où nous pouvons assumer nos responsabilités. Il faut commencer par balayer devant sa porte, à notre échelle, plutôt que de reporter la faute sur les autres, sur l’étranger ou le faible. Pour nous autres Vaudoises et Vaudois, c’est d’abord ici que cela se passe !

Et puisque nous célébrons aujourd’hui les institutions cantonales, c’est le lieu de rappeler que les cantons ont très souvent été le moteur du changement. Le fédéralisme bien compris n’est pas le paravent du conservatisme, encore moins celui de l’immobilisme. Le fédéralisme, c’est l’expression de la force créatrice des cantons. Bien avant la Confédération, les cantons ont façonné les droits populaires, au grand dam des milieux conservateurs de l’époque; bien avant la Confédération, les cantons ont offert le droit de vote aux femmes, puis pour certains aux étrangers. Bien avant la Confédération, certains cantons se sont mis à protéger leurs ressources naturelles et à aménager leur territoire de façon intelligente.

Je souhaite ardemment que le Grand Conseil vaudois, en ce début de législature, ait le courage de se montrer pionnier, visionnaire, audacieux. J’aspire à un Parlement qui consacre du temps à préparer l’avenir plutôt qu’à s’accrocher aux certitudes du passé. Faisons de la politique pour les générations présentes et futures, plutôt que de leur léguer le fardeau de nos irresponsabilités! Les défis pour le siècle à venir sont immenses. Il faudra nous libérer de la dépendance des énergies fossiles, réinventer un modèle économique éthique; mieux prendre soin du patrimoine naturel qui nous a été transmis; se préparer à accueillir la diversité culturelle dans le respect et l’ouverture. Autant de défis que nous pouvons, très modestement, contribuer à relever…

François Mitterand avait l’habitude de dire que la démocratie est « le droit institutionnel de dire des bêtises ». Dans cette perspective, le Grand Conseil vaudois est un organe… disons, très démocratique. J’espère, Monsieur le Président, que vous vous accommoderez des bêtises que nous n’allons pas manquer de raconter parfois. Mais je veux surtout croire en ce début de législature que notre nouveau parlement saura garder à l’esprit les défis que je viens de citer et les attentes de la population.

Cher président, encore un mot personnel sous forme de conseil pour l’année à venir. Je sais que vous êtes dur à la tâche et que vous ne compterez  pas vos heures pour la collectivité. Dans l’exercice de vos fonctions, n’oubliez toutefois pas de réserver du temps pour ces plaisirs simples que vous chérissez tant : la cueillette des champignons au pied du Jura, les joies du ballon sur un terrain de foot et les moments de convivialité en famille…

Dans tous les cas, au nom des Verts vaudois, je vous souhaite surtout une belle année de présidence remplie de riches émotions parlementaires!

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