29/08/2012

L'affaire de la sieste

La rentrée parlementaire a réservé quelques belles passes d’armes hier dans la salle du Grand Conseil à Rumine. Mais l’événement de l’après-midi a été sans conteste la turbo-sieste de Daniel Brélaz pendant mon intervention – manifestement soporifique – au sujet de la haute surveillance du Tribunal cantonal.

Il fallait s’en douter, les médias se fichent éperdument du fond de l’affaire et n’ont probablement même pas noté le sujet de la discussion – pourtant crucial sous des airs austères. D’ordinaire, cela m’agace prodigieusement. Mais ici, on peut les comprendre. La vidéo mise en ligne sur YouTube par Jérôme Cachin de La Liberté est assez hilarante…

Ce matin, les réactions courroucées ont fusé sur la toile: c’est une honte absolue, une injure à la démocratie, une arnaque pour le contribuable que de piquer une petite sieste au milieu des débats parlementaires.

Je préfère pour ma part prendre ceci sur le ton de la franche rigolade. Une journée parlementaire est fatigante. Aucun élu ne suit l’entier des débats de A à Z. D’aucuns vont boire un coup de blanc à la buvette, d’autres lisent le journal ou regardent Federer sur leur ordinateur. Cela choque toujours l’observateur néophyte. Mais c’est ainsi, et cela ne pourrait en aller autrement pour des sessions de plusieurs heures sans interruption.

J’aime quand un tel épisode contribue à démystifier le travail des élus. A l’image, il y a quelques années, du fou rire de Hans Rudolf Merz devant le Parlement en parlant de viande séchée. Nous ne sommes pas des machines. Il y a parfois des petits coups de fatigue. Le Conseiller d’Etat Philippe Leuba aurait d’ailleurs aussi piqué un petit roupillon il y a quelques mois devant le Grand Conseil, selon des photos qui circulent sur la toile. Rien de tel pour se remettre en forme et attaquer le prochain débat!

En définitive, quel meilleur ambassadeur que le syndic de Lausanne pour faire la promotion des turbo-siestes?

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Aménagement du territoire: assez tergiversé!

L’année 2012 restera dans les annales de l’aménagement du territoire, des péripéties entourant l’initiative sur les résidences secondaires à la révision de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). Dans notre canton, le Conseil d’Etat a mis en consultation un projet de révision du plan directeur cantonal. Article publié ce 29 août 2012 dans 24 Heures.

Les mesures proposées ne constituent pas une révolution, mais apportent quelques améliorations ciblées : incitations à la création de logements, coordination entre l’urbanisation et les transports, encadrement des installations dites « à forte fréquentation » (grandes surfaces « à l’américaine ») et de leur cortège de nuisances, planification énergétique, etc.

On voit déjà certains, radicaux-libéraux en tête, faire feu de tout bois contre cette révision. Avec une argumentation fourre-tout qui frappe par son dogmatisme, ils croient avoir trouvé une occasion rêvée de s’en prendre à la nouvelle majorité du Conseil d’Etat. N’ont-ils pas entendu le signal d’alarme d’Avenir Suisse – ce puissant think tank pourtant très libéral – quant à l’urgence pour les cantons de prendre des mesures correctives en matière d’aménagement du territoire[1] ? N’ont-ils pas lu les analyses montrant que leur électorat a massivement soutenu l’initiative de Franz Weber ?

Qu’il est loin le temps où les pionniers de l’aménagement du territoire provenaient des rangs radicaux ou PDC ! Que l’on pense à Armin Meili, Conseiller national radical, directeur de l’exposition nationale de 1939 et père spirituel de l’aménagement du territoire moderne. Ou encore au Conseiller fédéral PDC Kurt Furgler, qui avait qualifié la LAT de « loi du siècle » en la présentant au Parlement dans les années 1970. On peut aussi rendre hommage à feu le Conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud, qui avait mesuré l’importance d’un aménagement du territoire équilibré, en portant à bout de bras le nouveau plan directeur cantonal.

La lutte contre le mitage du territoire est indispensable à la prospérité économique et à la cohésion sociale. Les conséquences d’un aménagement du territoire déficient sont pernicieuses. Les zones agricoles fondent comme neige au soleil, alors que l’on veut favoriser l’agriculture de proximité ; les communes sont lourdement sollicitées lorsque l’éparpillement des constructions fait naître de nouveaux besoins en infrastructures ; la prolifération des zones de villas rend plus difficile la construction de logements à loyers abordables ; les atteintes aux paysages se multiplient, avec une baisse consécutive de la qualité de vie.

Tant la révision de la LAT que celle du plan directeur cantonal sont incontournables. Ceux qui refusent de voir la réalité en face témoignent d’une irresponsabilité coupable dont les générations futures feront les frais.


[1] Voir notamment Müller-Jentsch Daniel/Rühli Lukas, Raumplanung zwischen Vorgabe und Vollzug – Inventar der kantonalen Instrumente zur Siedlungssteuerung, Avenir Suisse, Zurich 2010.