19/04/2012

Dix défis pour la future présidence des Verts suisses

Ce samedi, à Carouge, la nouvelle présidence des Verts suisses sera élue par l’assemblée des délégués. Bien évidemment, les médias s’intéresseront en premier lieu aux questions croustillantes de personnes, aux conflits imaginaires entre Romands et Alémaniques et entre « fundis » et « realos » ou encore aux prises de parole « exotiques » pendant l’assemblée – un fait courant chez les Verts. Il me paraît pour ma part plus intéressant de dresser l’inventaire des défis (immenses) auxquels sera confrontée la nouvelle présidence. Inutile de préciser que cet inventaire ne se veut pas « objectif » et qu’il n’engage que son auteur...

L’écologie politique se trouve à un tournant de son histoire. A ceux qui la disent morte car désormais intégrée dans les programmes de tous les partis, je réponds qu’elle est au contraire plus vivante et plus vitale que jamais. Les ambitions du projet écologiste sont à la hauteur des défis qui attendent la planète et ses habitants dans les décennies à venir. Petite feuille de route en dix points à l’intention de la future présidence des Verts suisses.

1) Réapprendre à avoir une longueur d’avance. Pour les élections fédérales 2011, nous avions le slogan qui correspond le mieux à l’idée que je me fais des Verts : « une longueur d’avance ». Nous n’avons pas su l’incarner, ni dans notre programme électoral, ni dans la campagne. Il est impératif de produire de nouvelles idées visionnaires, de proposer de nouvelles utopies, quitte à « avoir raison trop tôt ».

2) Faire rêver. Nous traînons trop souvent (depuis toujours ?) une image de rabat-joie, de pisse-froid. Nous devons montrer que l’écologie n’est pas moralisatrice et limitante. Elle est libératrice ; elle nous affranchit de nos dépendances – à l’énergie fossile, à la finance, à la productivité, à la surconsommation – et replace au centre les vraies finalités de l’existence en ce bas monde.

3) Quitter le monothématisme dans lequel nous nous sommes parfois enfermés. Notre projet de société est un projet englobant, complet, qui ne se résume pas à quelques thèmes choisis. L’écologie politique n’est pas « l’environnementalisme » très à la mode dans tous les partis (sauf un !), encore moins le greenwashing.

4) Mieux faire connaître les valeurs qui font la spécificité des Verts et qui nous distinguent de nos « alliés » politiques : décentralisation, anti-matérialisme, indépendance, anti-productivisme, respect de « l’écoumène », défense des minorités et des sans-voix, durabilité et long terme, etc. En dépit des convergences ponctuelles, notre projet ne correspond pas à celui du PS, encore moins à celui des Vert’libéraux, ni à celui de qui que ce soit d’autre.

5) Se positionner comme porteurs d’une vision globalement solidaire. Notre action locale s’inscrit dans une pensée globale. La solidarité avec le Sud est un élément central de notre projet. Nous devons avoir le courage de nous opposer aux intérêts (notamment économiques) de nos propres territoires lorsque l’intérêt supérieur de la planète et des populations fragiles le commande. Les enjeux du siècle à venir sont avant tout mondiaux.

6) Défendre becs et ongles un autre modèle de gouvernance. L’écologie n’a jamais voulu le pouvoir pour le pouvoir. Le pouvoir, s’il est concentré entre les mêmes mains, s’il tourne en boucle au sein des mêmes réseaux, ne peut produire la transformation écologique dont nous avons besoin. Nous devons commencer par montrer l’exemple et proposer des alternatives fondées sur l’équilibre, le tournus, le partage et la participation démocratique.

7) Remettre au coeur du discours politique l’éthique individuelle. La « responsabilité individuelle » sert trop souvent de paravent à ceux qui, avançant masqués, refusent tout progrès dans l’intérêt collectif. Mais la responsabilité de chacun et chacune, au sens d’un devoir envers la collectivité et non au sens d’un individualisme égocentriste, est bel et bien l’enjeu de l’avenir. Sans changement des « consciences », il n’y aura pas de changement sociétal.

8) Devenir un parti réellement populaire, susciter l’engouement des foules et pas uniquement d’une « frange » urbaine et formée de la population. Les Verts allemands de Stuttgart ont su le faire et ont obtenu des résultats électoraux stratosphériques. Pourquoi pas nous ? Il ne s’agit bien évidemment pas de tomber dans la démagogie, mais de quitter notre posture intello-élitiste. Le défi s’adresse à tous les élus, à tous les militants, et il est de taille...

9) Repenser nos vecteurs de communication. Les études montrent que l’écologie séduit très largement les jeunes générations. Il faut revoir en profondeur nos modes de communication, investir la « blogosphère », défendre les « libertés numériques » et provoquer ce sursaut qui ramènera les jeunes générations vers les urnes. La société de l’instantanéité qui est la nôtre exige davantage que quelques banales affiches électorales et slogans ronronnants.

10) Consolider notre base militante. Les Verts, nous sommes le parti de Suisse avec le plus faible nombre de membres en proportion des élus. Nous compensons en partie ceci par notre force militante. Mais notre travail sur le terrain repose sur une machine précaire qui a souvent des ratés en période chargée. La diffusion de nos idées passe par une présence plus affirmée, plus volontaire, là où les gens vivent. Ce n’est pas dans les coulisses politico-médiatiques que se joue l’avenir, mais sur la grande scène du quotidien.

Tout un programme...

Commentaires

@Raphael ,Nos anciens maitres avaient pour principe,on agit en réfléchissant ,gain de temps et d'énergie eux étaient des vrais écologistes progressistes,mieux qu'eux on ne peut plus puisque c'est en grande partie grâce à nous aussi et à des milliards d'autres être humains qu'existent les plus grandes banques de données d'Internet
Pour progresser il faut toujours utiliser le passé et surtout ne jamais le nier,car le refuser c'est rétrograder les historiens en savent quelque chose,tant que l'humanité refuse ses propres responsabilités que ce soit pour la Shoa ou autres drames humains,le progrès ne se réalisera jamais sur une longue durée du moins tant que les survivants existent.C'est la loi du monde et rien n'y personne ne peut y changer quoique ce soit non plus
Pour preuve beaucoup d'hommes de 40-46 reviennent sur leur lieu d'origine pour enfin écouter ce que leurs anciens ont à leur révéler parceque trop jeunes ils refusaient de croire en leur passé pourtant riche en évènements authentiques décrits avec la même sincérité qu'il y a plus de 60 ans
Vous voulez aller de l'avant soit,mais comme le calendrier terrestre,un jour à la fois et sans détruire jamais ce qui vous a permi de vous hisser à la place que vous occupez actuellement
très bonne journée à Vous

Écrit par : lovsmeralda | 20/04/2012

"L’écologie n’a jamais voulu le pouvoir pour le pouvoir. Le pouvoir, s’il est concentré entre les mêmes mains, s’il tourne en boucle au sein des mêmes réseaux, ne peut produire la transformation écologique dont nous avons besoin"

En avez-vous parlé avec Monsieur Daniel Brélaz?... il doit être pleinement d'accord avec vous...
D'accord aussi longtemps que votre proposition ne le concerne pas, qu'il ne puisse s'agire que d'autres. Lui est au moins un cran au-dessus. Pour lui, l'écologie n'est qu'un marche-pied et, ainsi que le nom le dit, un marche-pied c'est fait pour marcher dessus, il en est même qui s'y assoient.

Écrit par : Baptiste Kapp | 20/04/2012

@ M. Kapp. Je fais partie de ceux qui ont initié la réforme des statuts des Verts vaudois interdisant les double-mandats de grande importante. Je persiste et signe. Il n'est jamais bon que le pouvoir soit concentré entre les mains des mêmes personnes, un peu à la mode radicale du siècle passé.

Écrit par : Raphaël Mahaim | 20/04/2012

Monsieur Mahaim,

Tiens!... Mais alors, Syndic et Député ne serait donc pas double-mandat important? Si c'est le cas, est-ce Syndic lausannois ou Député vaudois qui ne l'est pas?
Ou alors, serait-ce Monsieur Brélaz qui c'est assis sur les statuts en s'assayant dans son siège de député?
Comment ce Monsieur peut-il encore faire partie d'un parti dont il viole les statuts? Et comment a-il pu être présent sur la liste Verte lors des dernières élections cantonales?

Avez-vous déjà tenu compte du fait que le double discours de votre parti peut avoir eu une influence sur vos resultats électoraux en recul?

Ou alors, vos statuts ne sont là que pour les gogos, les "innocents" qui pensent qu'étique et politique puissent encore être autre chose que des rimes vides de sens.

Je persifle et signe: Père Siffleur, alias Baptiste Kapp

Écrit par : Baptiste Kapp | 21/04/2012

Monsieur Mahaim,

Depuis hier, suite à votre AG, vous pouvez modifier le titre de vote billet et écrire:
« Défis pour des filles de la nouvelle présidence des Verts ».
Ce qui ne laisse que cinq défis à relever pour chacune d’elles.

Défi 1 et 2 : Celle qui aura la tâche de nous faire « rêver » aura une « longueur d'avance ».

Il restera encore huit autres défis à relever.

Défi 3 et 6 : Un autre « modèle de gouvernance » permettra de « quitter le monothématisme »… et le monothéisme. On passera de «Ah, Dieu Brélaz » à « Adieu Brélaz ».
Défi 4 : Relever celui-là, celui de la « valeur spécifiques » peut donner le Vert-tige.
Défi 5 et 10: La « vision globalement solidaire » remplacera la vision d’un solitaire, ce qui entraînera automatiquement la « consolidation de la base militante ».
Défi 7: « L’éthique individuelle » n’est, en général, faite que de tics individuels!
Défi 8 : Devenir un « parti réellement populaire » n’a rien à voir avec un parti réellement polaire, mais le dernier aurait l’avantage de jeter un grand froid et éviterait ainsi une partie du réchauffement climatique.
Défi 9 : Le sujet réchauffement climatique n'est, que trop souvent, uniquement un moyen tarte à la crème utilisé par les « vecteurs de la Communication ».

Écrit par : Baptiste Kapp | 22/04/2012

Monsieur Manhaim,

Je comprends que l'assemblée générale des Verts ait pu prendre tout votre temps. Mais maintenant, vous serait-il possible de donner les réponses aux questions de mon avant-dernier billet! je vous en remercie d'avance.
Vous voulez repenser vos vecteurs de communications, très bien!
Mais il ne faudrait pas en faire des vecteurs nuls... De cette manière on ne connaîtrait jamais la direction du vecteur ni celle que veulent prendre les Verts.
Par contre, si, pour vous, être populaire, c'est attendre le sens du vent, n'utiliser pas des vecteurs, mais des girouettes qui changent de direction à tout moment. C'est vrai que le moment est aussi un vecteur.

Écrit par : Baptiste Kapp | 24/04/2012

Monsieur Mahaim,

Désolé d'avoir ajouté un "n" à votre patronyme, veuillez m'en excuser.

Désolé aussi d'avoir imaginé que vous aviez un peu de temps devant vous afin de répondre à mon questionnement. Je n'étais pas au courant avant ce jour qu'à Morges les Verts et les Roses se "bouffaient" le nez au sujet du remplacement de Madame la Syndique... ça doit être très chronophage ses discussions entre "amis".

Écrit par : Baptiste Kapp | 26/04/2012

Bonjour M. Kapp. Oui j'en ai effet une semaine chargée, et pas uniquement en raison des discussions morgiennes. Il se trouve que je dois aussi gagner ma vie en dehors de la politique...

Voici donc quelques éléments de réponse à vos questions:
- Les statuts verts ont été révisés alors que Daniel Brélaz était élu au Conseil national.
- La nouvelle version des statuts interdit le cumul entre les Municipalités des villes de plus de 10'000 habitants et le Parlement fédéral.
- Daniel Brélaz n'a donc pas pu se représenter en 2011 à sa réélection au Conseil national.
- Nos statuts n'interdisent en revanche pas le cumul entre la fonction de député et celle de Municipal.
- Il y a actuellement au sein du groupe des Verts plusieurs députés qui sont également Municipaux dans leur commune, mais cette proportione est nettement moins élevée qu'au PLR par exemple.
- Je n'ai pas d'objection de principe à un tel cumul, car la fonction de député est tout de même moins lourde que celle de conseiller nationaux.
- L'enjeu est avant tout la disponibilité pour les séances et la présence lors des sessions parlementaires.
- Cela dit, je ne vous cache pas que j'aurais vu d'un bon oeil que les Municipaux lausannois élus au Grand Conseil laissent la place à la jeune relève. N'étant moi-même pas membre de la section de Lausanne, je n'ai pas eu mon mot à dire à ce sujet.

Cordiales salutations

Écrit par : Raphaël Mahaim | 26/04/2012

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