13/09/2011

J-40 : Quand l’iPhone ébranle les certitudes…

"Blog-notes" de campagne: http://raphael.mahaim.ch

S’engager en politique, c’est faire le pari qu’il est possible d’influencer, à sa modeste échelle, le cours des choses. Si je fais de la politique, c’est parce que tout au fond de moi bouillonne une irrépressible envie de « changer le monde ». Mais il y a des moments de doute intense, où je me dis que les collectivités publiques n’arriveront jamais à susciter la transformation écologique et sociale dont la planète a besoin. Ces jours, mes doutes se cristallisent sur ce petit objet devenu l’alpha et l’oméga de notre société post-moderne : l’iPhone.

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : Séance de commission parlementaire entre 8h15 et 9h30 – groupe parlementaire toute la matinée – session parlementaire l’après-midi – match de foot avec le FC Grand Conseil le soir

Le récit de la veille : Les obsèques de feu le Conseiller d’Etat J.-C. Mermoud ont eu lieu hier après-midi : un moment solennel pour prendre congé d’un homme d’Etat qui aura profondément marqué la politique vaudoise de son empreinte

  • Nombre de courriels concernant la politique : 45
  • Nombre de téléphones concernant la politique : 2
  • Nombre d’heures consacrées à la politique : 6

Quand l’iPhone ébranle les certitudes…

A la base de tout engagement politique, il y a cette ambition – cet orgueil aussi – de vouloir influencer le cours des choses. Je pourrais presque le formuler sous forme de profession de foi, de credo : je crois à l’action politique en tant que remède aux injustices ; je crois à l’action politique comme moteur de changement ; je crois à l’action politique comme outil de défense des minorités ; je crois à l’action politique comme instrument de pacification des rapports sociaux, etc.

Inévitablement, cette conviction se heurte tôt ou tard à un certain désenchantement. L’action politique est marquée tout d’abord par une formidable inertie. Le bateau est terriblement lourd à manœuvrer. Je repense à ce que Daniel Brélaz avait dit un jour en séance de comité des Verts VD : même avec sept Verts à la Municipalité de Lausanne, il serait impossible d’atteindre une société à 2000 Watts à court terme !

Ensuite, la politique reste dominée par les intérêts particuliers. Ceci est particulièrement criant sur la scène internationale. Alors que les défis climatiques appellent des réponses globales ambitieuses et immédiates, on s’empêtre dans des conflits entre puissances économiques rivales. Les alarmes répétées de la communauté scientifique sont autant de prêches dans le désert.

Enfin, et c’est sans doute l’élément le plus fascinant et inquiétant à la fois, la politique a toujours un temps de retard sur les développements sociétaux. Les chemins de fer ont permis la révolution industrielle ; il a ensuite fallu des décennies pour enfin prendre au sérieux ses conséquences sociales dramatiques. L’aviation a précipité la mondialisation des échanges commerciaux ; il a fallu des décennies avant que les dérèglements climatiques ne soient dénoncés et que des ébauches de solutions ne voient le jour. Les sociétés humaines ne semblent pas avoir la capacité d’apprendre de leurs erreurs ; elles foncent tout droit sans se poser de questions, et réfléchissent ensuite, souvent quand il est trop tard.

A l’instar d’internet dans les années 1990, l’iPhone est le symbole des bouleversements technologiques et sociétaux qui affectent notre civilisation du 21ème siècle. En quelques années, l’iPhone et les autres téléphones dits « intelligents » ont totalement révolutionné notre mode de vie. Dans les pays du Nord – et certainement aussi dans les pays émergents – iPhone a pénétré, infiltré, tous les pans de la vie en société. Avec un iPhone, on peut en permanence s’informer, faire ses courses, se localiser, se divertir, travailler, communiquer, filmer, etc.

On ne mesure pas l’ampleur des changements que l’iPhone induit dans notre civilisation. Il y a des aspects extraordinaires – facilité de communication, vecteur de connaissance – et des conséquences largement dommageables, dont en particulier la hausse de la consommation d’électricité. Et là, le politique est à nouveau dépassé. Les collectivités publiques débauchent une énergie folle pour tenter de favoriser certains comportements respectueux de l’environnement chez les particuliers, souvent sans grand succès. Simultanément, sans grand effort, Apple impose l’iPhone comme produit incontournable dans tous les foyers en Suisse. Ce développement paraît inexorable. Aujourd’hui, un bébé se familiarise avec le maniement d’un iPhone avant d’apprendre à marcher.

Voilà à quoi ressemblent les temps post-modernes. Alors que le défi climatique et énergétique exigerait un changement profond des modes de consommation des ressources naturelles, nous sommes prisonniers de forces supérieures qui paraissent impossibles à maîtriser. Cela ébranle nos (fragiles) certitudes de politiciens, d’autant que revient, toujours, la lancinante et dérangeante question : jusqu’où suis-je prêt à montrer l’exemple ? Puis-je clouer certaines technologies au pilori alors que je suis moi-même enclin à m’en servir ?

Il faut décidément une foi bien ancrée et de solides convictions pour persévérer dans le combat politique. J’admire celles et ceux qui y ont consacré leur vie entière sans jamais baisser les bras…

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